Attaques terroristes: Maroua touchée au cœur

Deux kamikazes se sont fait exploser, hier dans la capitale régionale de l’Extrême-Nord, faisant 13 morts et de 32 blessés, selon le bilan officiel.

Au moment où nous allions sous presse, le double attentat perpétré dans l’après-midi d’hier à Maroua n’avait pas encore été revendiqué par la secte islamiste Boko Haram. Mais tout porte à croire que ces actes, d’une violence inouïe, portent la marque des jihadistes. Selon le communiqué de la présidence de la République, deux terroristes se sont en effet fait exploser aux environ de 14H30 au quartier Barmaré et à l’entrée du marché central de la ville, avec un bilan de 13 morts, dont les 2 kamikazes et 32 blessés. Ce bilan pourrait s’alourdir, selon des sources locales. A en croire des médias sur place, le gouverneur de la région, Midjiyawa Bakari, a indiqué que deux filles (d’origine camerounaise avance-t-on), âgées de moins de 15 ans, se sont fait exploser au marché central de la ville et dans un quartier voisin majoritairement peuplé par des haoussas.

Quelques heures après

le double attentat-suicide, le président de la République a condamné, avec la plus grande fermeté, ces actes lâches et ignobles perpétrés contre des populations innocentes, et présente ses condoléances les plus attristées aux familles des victimes. Paul Biya a également appelé la population à la vigilance et à une collaboration plus étroite avec les forces de sécurité, assurant que les instructions données aboutiront inéluctablement à la mise hors d’état de nuire de ces criminels.
Il faut souligner que, depuis le début des assauts meurtriers de Boko Haram au Cameroun, en 2013, c’est la première attaque qui a lieu à Maroua – et donc plus à l’intérieur du pays. Bien que cette région partage sa frontière avec le Nigeria, la ligne de démarcation entre cette cité et le Nigeria se trouve à plus de 400km, les précédentes attaques ayant lieu dans des villages frontaliers. L’attentat de Maroua est, surtout, le deuxième au Cameroun en 10 jours : le 12 juillet une double action kamikaze avait eu lieu à Fotokol, localité frontalière avec le Nigeria, tuant 11 personnes dont 10 civils ainsi qu’un soldat tchadien. Coïncidence des coïncidences, les deux attentats se s’étaient produits à quelques minutes d’intervalle. Comme ceux d’hier.
A travers des offensives asymétriques, et après la phase des incursions dans des localités frontalières, les sanguinaires de Boko Haram cherchent manifestement à impressionner, à semer la pagaille et la psychose au sein à la fois des forces de défense et de la population civile. En s’attaquant à des cibles situées à l’intérieur du pays, ses membres veulent certainement démonter leur capacité à s’infiltrer et à frapper partout et sans discernement. Voici quelques jours, notre confrère La Nouvelle Presse faisait état de 11 kamikazes en divagation à l’intérieur du territoire, visiblement en quête de nouvelles victimes innocentes. Une information qu’il ne faut surtout pas prendre à la légère.
Du coup, pour des spécialistes du terrorisme, il est évident que la seule bravoure des forces de défense ne suffira certainement plus pour vaincre la secte Boko Haram, qui a opté pour une nouvelle forme d’exactions en utilisant des bombes humaines venues du Nigeria. Pour défendre l’intégrité et la sécurité du territoire, le temps est sans doute venu, pense-t-on, pour les autorités, de prendre d’autres mesures en mettant notamment à profit l’expertise de la police nationale. On pense particulièrement aux conseillers et autres instructeurs antiterroristes aguerris de la trempe du commissaire divisionnaire (à la retraite) Léon Mbia Meka, ancien responsable du Groupement spécial des opérations (Gso), qui pourraient efficacement renforcer la police, non sans encadrer de jeunes éléments.