Atangana Kouna ou la folie des grandeurs

Atangana Kouna ou la folie des grandeurs

Péchés capitaux de l’Administration Provisoire de l’ex-Snec

85 millions de francs Cfa aux frais du contribuable pour un voyage aller et retour Douala-Paris-Douala sur jet privé au moment où l’ancienne Société Nationale des Eaux du Cameroun traversait officiellement des moments extrêmement difficiles de son existence ; des honoraires faramineux payés à des consultants pour déboucher sur la privatisation de la société. Il fallait être Basile Atangana Kouna pour le faire. Un ancien de la Snec se fâche et déballe !

Monsieur le Rédacteur-en-chef,

Dans votre édition N° 32 du mois de septembre 2013, j’apportais ma contribution citoyenne sur l’un des aspects de la problématique de la fourniture ou de l’approvisionnement en eau potable des Camerounais, en m’interrogeant sur les tenants et aboutissants de la concession en 2008 de ce volet du service public de l’eau à la filiale camerounaise de l’Onep marocaine qu’est la Camerounaise des Eaux (CDE).

Ainsi, après avoir constaté que les cinq années pendant lesquelles la CDE avait officié à la fourniture de l’eau au Cameroun n’étaient rien d’autre que “Cinq ans d’entourloupe grandeur nature de La Camerounaise des Eaux” je posais la question suivante : “Et si la prétendue filiale de l’Onep n’était qu’une arnaque savamment montée?”, démontrant avec des arguments presque imbattables que la CDE donnait l’impression d’être le fruit, entre autres, d’un arrangement, mieux d’une arnaque orchestrée et mise en musique par des compatriotes plus soucieux de tirer leurs marrons du feu en période de détresse nationale que de servir la patrie.

Aujourd’hui, je me trouve une fois de plus, en ma qualité d’ancien agent de la Snec, cette ancienne société d’Etat qui fit jadis la fierté du Cameroun, de questionner quelques faits de gestion de l’Administration Provisoire sous le magistère de monsieur Basile Atangana Kouna, entre 2002 et 2008, qui démontrent à eux seuls que celui qui a été récompensé par un gigantesque poste ministériel un soir de décembre 2011 ne méritait pas forcément cette promotion, dans la mesure où pouvant mettre son énergie à restructurer l’ex-Snec pour qu’elle ne soit pas privatisée, il ne l’a pas fait, mais pis encore, s’est attelé à l’enfoncer par des dépenses folles, effectuées très souvent en sa propre faveur. Une des plus grandes sociétés publiques du Cameroun continue de faire la fierté des citoyens de ce pays : c’est la Camtel.

La raison en est toute simple : au moment où la bourrasque privatisation emportait tout sur son chemin, les dirigeants de cette entreprise ont su lui opposer une résistance héroïque, à telle enseigne que ne purent sortir de son escarcelle que le secteur de la téléphonie mobile qu’elle ne pouvait pas gérer efficacement en même temps qu’elle faisait face à la pression des bailleurs de fonds occidentaux et de leurs suppôts locaux pour la « laisser tomber » aux mains du secteur privé, qui est selon leur entendement, synonyme de grande firme européenne ou américaine.

On a vu ce que sont devenues l’ex-Sonel et l’ex-Regifercam, depuis qu’elles sont devenues les propriétés de l’Américaine AES Corporation et de la Française Africa Bolloré Logistics, respectivement. Le combat de la préservation de la Camtel dans le portefeuille des entreprises d’Etat, Emmanuel Nguiamba Nloutsiri l’a mené avec brio, et David Nkoto Emane qui lui a succédé l’a relayé on ne peut plus valablement. Cela n’a malheureusement pas été le cas de l’ancienne Société Nationale des Eaux du Cameroun (ex-Snec).

Si Clément Obouh Fegue de regrettée mémoire s’est battu en son temps comme un beau diable pour qu’une société qu’il était en train de remettre à flot ne soit pas privatisée, ou le soit à des conditions qui fassent profiter le Cameroun, il se trouve que son successeur, Basile Atangana Kouna, qui fut manifestement envoyé des services du Premier ministre pour venir « corriger la copie de cet empêcheur de brader en rond » n’a pas perdu trop de temps pour exécuter ce qui s’apparente selon ses détracteurs à une mission du genre un peu trop clair-obscur pour être orthodoxe.

Si les spécialistes des privatisations avouent que la privatisation de l’ex-SNEC a été rondement menée par Basile Atangana Kouna en ce sens qu’elle n’a pas débouché sur une cession complète de l’entreprise, mais sur un partenariat entre le secteur privé et le secteur public permettant au Cameroun de conserver la gestion du patrimoine (le contrôle des infrastructures) de ce secteur qui fait partie des secteurs de souveraineté nationale sous la dénomination de Cameroon Water Utilities Corporation (Camwater), ils affirment cependant que si l’actuel ministre de l’Eau et de l’Energie avait été un tant soit peu volontariste, on n’aurait même pas dû arriver à cette solution de la privatisation partielle de la Snec.

A les en croire, les ressources financières ayant connu un net regain de dynamisme, il suffisait d’un peu de patriotisme pour la renflouer davantage et lui permettre de recouvrer sa bonne santé financière pour éviter la privatisation. Le fait qu’il ait été nommé en remplacement de Clément Obouh Fegue avec pour mission de « veiller à la poursuite harmonieuse du processus de privatisation ainsi qu’à la continuité du service public de l’eau » ne saurait constituer, toujours selon eux, une excuse, dans la mesure où sa fibre patriotique aurait pu amener cet homme qui n’était pas tombé de la dernière pluie (ancien cadre de la direction Générale des Recherches Extérieures et ancien Directeur des Affaires Administratives et des Requêtes des Services du Premier ministre ministre), à travailler au mieux des intérêts de son pays.

Chassé de la Snec comme un malpropre dans la foulée des réductions d’effectifs à tête chercheuse qui a suivi l’arrivée du Docteur Atangana Kouna à la tête de l’Administration Provisoire, il m’est arrivé d’avoir connaissance de certaines dépenses qui, de l’avis de la plupart des proches collaborateurs de l’ancien Administrateur Provisoire, (l’AP, comme nous l’appelions plus familièrement) semblaient à tout le moins pharaoniques, dignes d’une gestion épicière, ubuesque et je-m’en-foutiste. Tenez : Certains de vos confrères aujourd’hui rentrés dans les bonnes grâces de l’ancien AP de la Snec, puis ancien directeur Général de la Camwater et aujourd’hui ministre de l’Eau et de l’Energie après avoir constaté que toutes leurs dénonciations sur ses rapines à la Snec et à Camwater n’avaient pas empêché qu’il accède à la fonction ministérielle, avaient en leur temps mis à nu les dépenses somptuaires effectuées par l’Administrateur Provisoire de la Snec pour acheter la complaisance de certains membres haut placés du gouvernement ou pour acheter sa promotion à la fonction de ministre , dont le ministre des Finances et du Budget et le Premier ministre de l’époque.

Des faveurs indues qui se déclinaient, révélaient alors vos confrères, en offres de propriétés foncières acquises à coups de dizaines de millions de francs CFA, des marchés de complaisance également attribués à des proches de l’AP ou des proches de ses amis en service à la présidence, grâce à des pirouettes faisant gravement entorse aux lois régissant les marchés publics au Cameroun. Pour vraisemblables que parurent ces accusations, du moins quand on sait lire entre les lignes, on peut se hasarder à ne pas leur accorder un crédit infini, faute de preuves. Même si tout le monde sait que, nommé AP en 2002 pour un mandat de 6 mois éventuellement renouvelable une fois seulement, Atangana Kouna n’a pas pu rester à la tête de la Snec jusqu’en 2006 sans avoir bénéficié de la protection-complicité de gros « parapluies » et grosses « godasses » de la République. Ce qui suppose des contreparties, et pas n’importe lesquelles.

Le concert de la méchanceté et du manque de bon sens

Mais je ne peux décrire l’immensité de l’horreur qui me saisit le jour où l’un de mes anciens collègues qui n’avait pas été victime de la « réduction des effectifs » me fit découvrir une note signée le 27 mars 2006 par les bons soins de « l’Attaché auprès de l’Administrateur provisoire », ayant pour objet une « proposition d’évacuation provisoire de l’AP » La note faisait état d’un coup de fatigue subi par l’AP après une séance de travail à Paris en France entre la Snec, les opérateurs du secteur de l’eau et les bailleurs de fonds qui avait amené son médecin à le mettre sous traitement et à lui prescrire un repos médical par ailleurs motivé par la non jouissance par le patient de ses congés pour les exercices allant de 2002 à 2005.

Après une abracadabrantesque argumentation, « l’Attaché auprès de l’Administrateur provisoire » suggèrera une évacuation sanitaire de son patron, non sans préciser avoir « pris attache avec un courtier aérien dénommé « Jet Solutions » basé à Paris, pour l’affrètement d’un aéronef sur la ligne Paris-Douala-Paris-Douala pouvant effectuer le transport de l’AP assisté de son épouse et d’un médecin. Le montant de la prestation chiffré à 130.0000 euros, soit 65.000 euros x 2 trajets (aller et retour) pourrait, sauf meilleure appréciation, être réglé par la DAF, selon les procédures bancaires.

Aussi, les frais engagés dans le cadre de cette opération seront-ils remboursés par l’Assureur PARTNER’S qui, sur la base du contrat le liant à la SNEC, s’est engagé à le faire, sur présentations des pièces justificatives ». La proposition de l’attaché sera conclue par un « Hautes instructions sollicitées ». Je suis en possession des copies des documents relatifs à cette transaction de plus de 85 millions que je mets à votre disposition.

Auparavant, je vous suggère de noter que pour cette évacuation sanitaire, le jet privé doit transporter quelqu’un qui se trouve à Paris pour Douala, et devra par la suite le ramener à Douala. Pour moi, c’est de la sorcellerie en plein jour. Que faisait le Directeur d’une entreprise camerounaise à Paris pour avoir besoin de venir se faire soigner au Cameroun avant de retourner à Paris? Je vais tout simplement conclure que c’est parce qu’il n’y a pas de crime parfait que l’AP et son collaborateur commirent cet impair qui les mit à nu.

Un petit décryptage fait voir qu’un subordonné sollicite une évacuation pour son patron, et attend de celui-ci des instructions dans le sens de sa sollicitation. Je n’ai pas besoin de faire un commentaire, vos lecteurs se feront eux-mêmes leur opinion. Mais comment ne pas s’arrêter un instant pour s’interroger sur le degré de cynisme de l’ancien Administrateur Provisoire de la Snec ou sur ce qu’il lui reste de bon sens ?

En effet, comment un homme qui reçoit la mission de requinquer une société que l’on peut supposer en plein marasme peut-il se permettre de dépenser 130.000 euros (85 millions de francs  CFA) pour un jet privé qui le transporte de Douala à Paris et de paris à Douala aux frais de la SNEC financièrement malade alors qu’avec moins du dixième de cette somme, voire beaucoup moins, il peut bien prendre un vol pour les mêmes trajets avec toute sa famille ? Qui plus est, dans un pays dont de mémoire de citoyen on n’a pas souvenir que le président de la République lui-même ait un jour utilisé un jet privé pour ses déplacements, même pour des cas de maladie?

N’est-ce pas une situation qui montre bien que Atangana Kouna était venu enterrer la Snec, et qu’il a déployé -avec un zèle comme on n’en voit que chez ceux qui ont la folie des grandeurs- tout ce qu’il avait d’énergie et d’esprit malin pour mener à bien sa funeste mission ? Les exemples sont comme cela légion des dépenses folles faites par la Snec au temps où il en tenait les rênes. On peut citer les frais payés à des consultants comme Charles Ndongo et Roger Tchoungui dont certains collaborateurs de l’AP jugeaient les prestations injustifiées pour la plupart, en tout cas pas suffisamment nécessaires pour être rémunérées en millions de francs CFA, ou encore la location d’un autre jet privé qui devait le transporter de Paris où il se trouvait au moment de l’annonce de sa nomination comme Directeur Général de la Camwater pour le Cameroun.

A croire que c’est dans cette logique de la prodigalité démesurée qu’un peu plus de 950 millions se seraient volatilisés du compte séquestre de la Camwater. Pour la petite histoire, il convient de relever que du temps où l’actuel MINEE était Directeur Général de la Camwater, cette société s’est engagée vis-à-vis des bailleurs de fonds à mettre en place un service du crédit comprenant un compte domiciliataire dans lequel elle verserait une partie de la redevance due par le fermier CDE, soit 791.660 euros (environ 520 millions de francs CFA) par mois. La CDE a été notifiée en juin 2011 par une lettre du Directeur de l’Agence Française de Développement qui précisait que le non respect de cette condition de domiciliation par Camwater dans un compte bancaire d’une partie de la redevance versée par elle pouvait entrainer la cessation du versement par l’AFD du crédit qu’elle s’était engagée à accorder à la Camwater.

Mais il se  trouve que depuis le départ de Atangana Kouna de la Camwater au premier trimestre 2012, personne ne sait plus où est passée une partie de la redevance domiciliée en question. Et c’est aux journalistes que vous êtes d’enquêter sérieusement pour nous dire s’il s’agit d’un autre détournement à mettre au passif de l’ancien DG ou de la nouvelle équipe conduite par son successeur Jean Williams Sollo ou si cet argent a été gardé en un autre lieu plus sûr. J’insiste beaucoup sur cette enquête, qui n’est pas une incitation à faire de la malveillance contre l’homme Atangana Kouna, mais un appel à investiguer sur la conduite du gestionnaire de la fortune publique qu’il est, car si votre journal a par le passé publié des informations sur la gestion peu orthodoxe de l’ex-Snec, puis de la Camwater, vos lecteurs, dont moi, avons été désagréablement surpris par le black-out presque total que vous avez fait après la révélation des micmacs de gestion de l’ex-Snec par Atangana Kouna entre 2002 et 2004 selon un rapport d’experts dressé par les commissaires aux comptes Dieudonné Leuze et René Libong, en mai 2004.

Il s’agit d’un rapport qui a mis a nu des faits graves tels que des écarts de surévaluation des immobilisations pour un montant de plus de 28 millions FCFA, la surévaluation des amortissements pour plus de 190 millions F.CFA, un compte de trésorerie non justifié de 345 millions F. CFA, des charges non justifiées s’élevant à 519 millions 347 mille 956Fcfa entre autres. Même l’audit des comptes et des états financiers réalisés aux 31 décembre 2003 et 2004 par le cabinet d’audit Kpmg, évoque ces irrégularités soulignées par les commissaires aux comptes : écarts sur la valeur nette des immobilisations entre le fichier et les états financiers. (19,603 milliards millions en 2003 et 8,020 milliards en 2004), avec des soldes des états financiers supérieurs au fichier. En ce qui concerne la prise en compte des écritures de régularisations identifiées, les experts ont parlé du travestissement des bilans financiers, ayant entrainé des préjudices financiers considérables. Mais on ne vous a pas vu sur cette autre affaire là, à se demander si vous aussi avez succombé au charme de Atangana Kouna, comme certains de vos confrères qui le traitaient il y a quelques années de grand corrupteur, mais qui depuis un certain temps, sont devenus ses plus fervents défenseurs.

Au regard de tout ce qui précède, on est tenté de se demander si Atangana Kouna n’était pas seulement un vrai prédateur qui donnait la fausse impression de vouloir assainir la trésorerie de la société en mettant au chômage de nombreux pères de familles, question d’avoir les coudées bien franches pour sa rapine. Et si jamais la disparition restée jusqu’ici mystérieuse de plusieurs centaines de millions du compte séquestre de la Camwater qui était approvisionné à hauteur de 1 milliard de francs CFA environ, et qui, après le départ de Atangana Kouna de la direction de la Camwater pour le ministère de l’Eau et de l’Energie ne s’est plus retrouvée qu’avec la maigrelette somme de 25 millions se révèle être un détournement de plus, on est bien fondé de se demander aussi si « l’enfant terrible de Mbalelon » ne fait pas partie de cette élite de notre pays dont la place est plus derrière les barreaux que derrière un bureau de ministère.

Nzié Onana Bertin, enseignant, Ex-agent de maîtrise de la Snec

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