Arnaud Philippe Ndzana : « Le besoin ne crée pas les moyens »

Pour le Conseiller technique n°1 à la Communauté urbaine de Yaoundé, les populations doivent faire preuve de patience. Mais, elles devraient aussi faire preuve de plus de civisme pour préserver les routes en bon état.

En matière d’entretien des routes urbaines au Cameroun, qui doit faire quoi exactement ?

La loi qui fixe les règles applicables aux communes dit que l’entretien des routes d’intérêt communautaire relève de la Communauté urbaine et que celui des routes d’intérêt local trivialement appelées « les routes de quartier », relève des communes d’arrondissement. Vous avez aussi l’Etat dans le cadre de ses missions régaliennes qui intervient souvent dans l’entretien des routes, en appui aux communes.

Faut-il nécessairement attendre que les dégâts soient importants pour entreprendre la réhabilitation d’une route ?

Sur le plan technique, il est idéal d’intervenir à temps. Le  terme technique consacré c’est « faire le point », c’est-à-dire qu’il faut travailler sur la route avant que la dégradation s’aggrave. Il y a, par ailleurs, ce qu’on appelle des entretiens préventifs. Donc, on se dit par exemple qu’une route a déjà plus de quinze ans  et que de ce fait, il faut la réhabiliter et on intervient sans attendre qu’elle se dégrade. On programme ce type d’intervention avant, en fonction de l’âge et des sollicitations que la route subit. En matière d’entretien des routes, vous avez une autre démarche qui consiste à attendre qu’il y ait une dégradation pour initier une intervention. Mais tout est fonction de moyens.

Que doivent faire les populations lorsqu’elles observent des dégradations sur la route ?

Tout le monde peut prévenir la Communauté urbaine, mais la Communauté urbaine elle-même a ses équipes qui voient. Parfois, on a l’impression que les autorités compétentes ne réagissent pas. En général, c’est qu’elles sont en train de programmer l’intervention, ou de rechercher les moyens d’intervention. Vous parlez de la route d’Essos. Cette route fait partie du programme spécial d’urgence triennal. Elle va être réhabilitée sous la maîtrise d’ouvrage du ministère de l’Habitat et du Développement urbain. Je crois que le marché est en cours de signature. Pour ce cas précis, les travaux devraient démarrer d’ici peu. Les procédures sont déjà suffisamment engagées. Il ne reste que la contractualisation pour que les travaux puissent commencer. Vous voyez les travaux en cours au quartier Mvog-Atangana Mballa, où la route est restée longtemps dans un mauvais état, où les gens étaient déjà désespérés. Cette route vient d’être bitumée. La procédure met peut-être long à se mettre en place, mais avec les moyens qui existent, on finit souvent par régler le problème.

Que pensez-vous des solutions palliatives trouvées par les populations pour améliorer le confort sur leurs routes ?

Je crois que la gestion de la route est collective, elle est participative. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’on demande aux citoyens, dans le cadre du civisme, de ne pas salir la route. L’ennemi numéro 1 de la route, c’est l’eau. Et lorsque les populations jettent les déchets n’importe où, notamment dans les caniveaux, ça bouche l’évacuation des eaux, l’eau ruisselle sur la route et vous allez voir que partout où l’eau ruisselle sur la route, elle commence à se dégrader. Parfois, on observe que des populations, voyant un ouvrage obstrué, restent indifférentes. Les populations peuvent contribuer à entretenir les ouvrages, notamment ne pas salir, déboucher, etc. Leur action qui consiste à boucher les trous à l’aide de la terre ou de la latérite  est bonne pour atténuer les effets sur la circulation, en attendant l’intervention des pouvoirs publics. De cette manière, elles allègent les souffrances des populations.

Vous parlez des eaux qui ruissellent, cela nous permet d’aborder un cas spécifique, celui de Biyem-Assi où, en ce moment, des eaux usées débordent des fosses septiques. Des nids de poule se sont créés et la circulation y est opaque. A quand les solutions ?

A l’origine, il y a toujours un peu d’incivisme. Les réseaux de collecte des eaux usées installés au quartier Biyem-Assi le sont de sorte qu’elles soient transportées vers la station d’épuration. Il se trouve que dans ce réseau, les populations jettent des déchets solides (fourchettes, slip, plastiques, etc) qui obstruent ces réseaux et font déborder les eaux usées. C’est le cas actuellement à Biyem-Assi. Ce n’est pas la première fois que nous allons devoir intervenir dans ce quartier. Les eaux usées sont très agressives. C’est pour cette raison que lorsqu’elles commencent à ruisseler sur la route, celle-ci s’endommage beaucoup plus rapidement que s’il s’agissait des eaux pluvieuses. Les conséquences sont désastreuses. Les populations doivent en être conscientes. La commande publique a une procédure. On ne peut pas forcément réagir de manière spontanée. Le besoin ne crée pas les moyens, comme le dit le Délégué du gouvernement auprès de la Communauté urbaine de Yaoundé. Les besoins sont enregistrés. Les pouvoirs publics sont en train de s’organiser pour pouvoir intervenir. Lorsqu’il y a un besoin, il faut qu’on budgétise, qu’on lance la procédure de passation des marchés, etc. Tout ça prend un certain temps. Il faut d’abord avoir les moyens pour pouvoir intervenir.