Après Nsoga, Paul Biya va refrapper au Tcs

Le procureur général a été poussé à la retraite. Son réseau mafieux est en cours de démantèlement.

Votre journal avait prévenu en annonçant, le 20 juillet dernier, qu’«au moins une (grosse) tête» allait tomber au du Tribunal criminel spécial (Tcs). Et Paul Biya, face à l’extrême gravité de la situation, a préféré parer au plus pressé sans attendre la tenue de session du Conseil supérieur de la magistrature (Csm) dont les dossiers sont d’ailleurs, apprend-on de source crédible, prêts et dont attend plus que la convocation. Le chef de l’État a en effet, mardi, envoyé à la retraite le procureur général près cette cour, Émile Zéphirin Nsoga. C’est la première fois, souligne-t-on, que le président de la République prend un décret de ce type concernant un magistrat de ce niveau, sans passer par l’instance consultative (le Csm) dont il est le chef.
Fin de l’histoire ? Voire, car la réputation du partant, qui a été remplacé par Justine Ngounou Tchakountio, est précédée d’affaires sulfureuses et de

bruits de casseroles. Ces derniers jours, et alors que le boulet avançait inéluctablement, M. Nsoga n’a pas arrêté de s’épancher auprès de proches, se disant victime d’une cabale orchestrée par des dignitaires du régime, sans pour autant expliquer les vrais ressorts des frasques qui pourraient bientôt le conduire derrière les barreaux.
Et dans la liste desdites «affaires», se trouve le cas Maurice Belinga, du nom de ce gardien de la paix qui lui tenait lieu de garde du corps, aujourd’hui en prison pour escroquerie. Pour scabreuse qu’elle soit, l’affaire a révélé que l’intéressé avait délesté un justiciable de 11 millions de francs avec la promesse d’arrêt des poursuites à son encontre au Tcs. Dans sa tentative d’étouffer le scandale, le désormais retraité Émile Zéphirin Nsoga s’empressa de confier l’enquête à des officiers de police judiciaire directement placés sous ses ordres.

Las. Pendant l’enquête, apprend-on, Maurice Belinga s’est lâché face au feu nourri de questions. Il a ainsi, selon des sources introduites, détaillé les réseaux mafieux qui ont permis à certains prédateurs de la fortune publique d’obtenir une bienveillante protection judiciaire. Le garde du corps aurait expliqué le mode opératoire en vigueur dans le cabinet du procureur général près le Tcs, où la corruption et le bakchich étaient devenus des pratiques courantes. M. Belinga a fait état de cabinets privés d’audit mis sur pied par le haut magistrat, avec pour missions de mener de supposées enquêtes auprès des mairies qui sont autant d’éléments de chantage et d’appels du pied. Il en est ainsi des fameux formulaires de convocation mis en circulation, pré-signés et pré-cachetés, redoutables armes destinées à inciter de prétendus futurs justiciables à mettre la main au coffre-fort…
L’autre dossier qui a emporté Émile Zéphirin Nsoga, c’est le cas Jean Marcel Dayas Mounoume, du nom de l’ex-directeur général du Port autonome de Douala (Pad), condamné à 15 ans d’emprisonnement le 3 juillet dernier pour détournement de deniers publics estimés à 458 millions de Fcfa. Mais, bien avant ce verdict du Tcs, l’intéressé avait trouvé le moyen de se faire la belle et se trouve aujourd’hui, à en croire des sources sérieuses, hors du Cameroun avec des complicités bien placées dans la chaîne judiciaire.
Dans cette histoire, il est fortement reproché à l’ancien procureur général de la cour de n’avoir rien entrepris pour tenir l’alors présumé innocent – mais sur qui pesaient déjà de lourds griefs – à l’œil. Jusqu’à sa fuite en effet, et alors qu’une rumeur de tentative de fugue circulait déjà au sujet de Jean Marcel Dayas Mounoume, M. Nsoga a «oublié» de faire retirer son passeport. Omission ou concussion ? Plus grave, dans l’affaire Jean Marie Akono Ze, il serait soupçonné d’avoir perçu des pots-de-vin pour la libération de l’ancien maire d’Awaé, coincé dans le cadre du dossier de gestion de la redevance audiovisuelle à la Cameroon Radio and Television (Crtv).
Dans cette ambiance glauque, d’autres responsables du Tcs se retrouvent également dans le viseur de Paul Biya. Émile Zéphirin Nsoga pourrait donc emporter du monde dans sa chute. En attendant, sa successeuse devrait rapidement être pourvue de nouveaux collaborateurs (enquêteurs), question d’éloigner la gangrène qui avait fait son lit dans le cabinet sortant.