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Après le discours de fin d’année… Où est passé le plan d’urgence annoncé par Paul Biya ?

20 jours après l’énoncé des problèmes à résoudre au niveau du management étatique au Cameroun, l’opinion publique attend toujours les déclinaisons du plan d’urgence envisagé par le président de la République pour les surmonter.

On a observé au cours de la semaine passée, les sorties médiatiques de plusieurs ministres certainement piqués au vif par le discours qu’un des plus truculents parmi eux, Grégoire Owona, a baptisé « discours refondateur » celui du 31 décembre 2013. C’est certainement parce que Michel Ange Angouing de la Fonction publique, Patrice Amba Salla des Travaux publics, Hele Pierre de l’Environnement et du développement durable qui sont montés au créneau pour cogner fort sur leurs collaborateurs qu’ils accusent d’être le creuset de l’inertie dans l’administration, n’ont pas encore trouvé la boussole de la nouvelle dynamique voulue par le patron en chef. Anticipant même sur cela, le ministre du Travail a présenté « sa part » de plan d’urgence dont les points les plus saillants sont le traitement rapide des dossiers et désormais leurs gestions en trois mois seulement. Est-ce à dire que le plan d’urgence serait sectoriel?

A la lecture du discours de fin d’année 2013 de Paul Biya, on ne dirait pas «oui». Car le chef de l’Etat dit textuellement que: « Ce dont nous avons besoin pour les prochaines années, c’est d’un véritable plan d’urgence. Avec le Dsce, nous avons le tableau de bord. Il nous faut maintenant agir. Nos priorités à court terme sont connues, à savoir: redresser la courbe de notre croissance en créant des emplois et maintenir un niveau élevé de performances sur plusieurs années d’affilée. Nous devons pour cela fixer, à partir des feuilles de route, des échéances à respecter absolument. Sans doute faudra-t-il impérativement s’attaquer aux causes de nos insuffisances en supprimant les points de blocage, les zones de dispersion et les doublons. » Le président donnait ainsi l’impression qu’il avait un programme calendaire précis qui devait être implémenté dans les jours qui suivent pour justifier la dimension urgente des mesures. En tout cas, c’était l’effet recherché par les rédacteurs de ce texte et le chef de l’Etat lors de sa volée de bois vert destinée à ses principaux collaborateurs

Mnémotechnique

Si l’on s’appuie sur le schéma des plans d’urgence des Nations-Unies adopté pour les questions humanitaires, on devrait essayer de répondre à cinq questions pour sonder le niveau de préparation du fameux plan d’urgence. Ces questions sont: Où doit se faire l’action? Contre quoi doit-on agir? Comment? Avec quoi? Le président estime que l’action doit se faire autour du redressement de la courbe de la croissance en agissant contre les causes de nos insuffisances en supprimant les points de blocage, les zones de dispersion et les doublons. Ce, à partir des feuilles de routes avec des échéanciers à respecter. Jusque-là, l’affaire est bien goupillée. Mais, le président ne dit pas avec quoi va se faire l’action. Du coup, tous ses collaborateurs sont dans l’expectative. Se demandant s’ils doivent opérer un recadrage budgétaire, procéder à des nominations; mais surtout, ils se demandent si-eux mêmes seront reconduits dans un gouvernement que la realpolitik et l’éthique politique exigent après les élections du 30 septembre et la tonalité du discours de fin d’année.

Mais, pressés de faire bonne figure devant le chef de l’Etat, les ministres, à l’instar de ceux qui ont annoncé des plans d’urgence sectoriels ou qui ont déjà engagé des mesures drastiques dans leurs administrations peuvent-ils planifier la poursuite de leurs actions sans régler ce que les urgentistes du management étatique et praticiens de la mnémotechnique appellent la Soiec? Celle qui se décline comme suit: S, comme situation (état des lieux et actions déjà menées) O, comme objectif (le but à atteindre est précisé) I, comme idée de manœuvre (objectif final, étapes intermédiaires) E, pour: exécution (coordination des équipes, délégation des actes) et C, comme commandement (articulation du dispositif, transmissions avec le poste de commandement). Pour le faire, il faut un chef qui, une fois les premières actions lancées, doit poursuive la reconnaissance. Mais, à l’heure actuelle, on ne sait si les premières actions ont été posées, ni si les annonces faites par les ministres peuvent être considérées comme telles. Une coordination lisible aurait pu permettre une meilleure lecture. Mais l’absence de conseil ministériel ou de conseil de cabinet depuis le début de l’année n’aide pas à entrevoir le plan d’urgence du président. Surtout que ce dernier s’est retiré dans son village après son annonce.

Alors on est obligé de revenir dans le contexte du management étatique du Cameroun où la formule « le temps du président n’est pas le temps des journalistes » est de mise, pour se demander si l’annonce du plan d’urgence a été bien énoncée. Car nul ne sait si les objectif sont définis à court terme conformément au programme triennal sur lequel s’appuie le budget programme ou à long terme conformément au Dsce qui vise la croissance à deux chiffres en 2020. S’est-il agi d’un simple appel d’air, de plus, sans un rien de structurel? On ne dira pas non. Car en management public, un plan d’urgence a vocation d’apporter une méthode d’organisation rigoureuse, étudiée, planifiée, enseignée et répétée qui prenne corps dès son annonce. Or, 20 jours après l’annonce, celui annoncé le 31 décembre 2013 par le chef de l’Etat n’a pas pris corps.

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