Après Boko Haram, Michika en ruines et isolée

Les habitants de la petite-ville du nord-est du Nigeria, libérée de l’emprise de la secte islamiste, craignent l’arrivée de la saison des pluies qui pourrait encore aggraver la situation sanitaire.

Ateliers vides, marchés déserts, écoles et boutiques fermées: à Michika, ville du nord-est du Nigeria libérée de Boko Haram, les habitants reviennent petit à petit, mais ils manquent de tout. Et ils craignent d’être coupés du monde à la saison des pluies. «Il n’y a de dieu que Dieu», lit-on en arabe sur les murs. Les inscriptions en anglais et en haoussa ont été effacées par les combattants islamistes, pour qui elles sont «impures», racontent les habitants.

Angelina Linus, qui avait fui Michika en septembre 2014 à l’arrivée de Boko Haram, a passé plusieurs mois dans les montagnes qui séparent cette ville du Cameroun voisin. Elle est revenue en avril, après la libération de la ville par l’armée. Aujourd’hui, les insurgés sont partis, mais la population est confrontée à d’autres problèmes vitaux, explique-t-elle. «Nous avons besoin d’aide avant que les pluies ne commencent. On n’a plus rien. Il n’y a ni médicaments, ni matelas… On a besoin de tout», dit cette femme de 38 ans à l’AFP. «Deux de mes quatre enfants sont à Yola», la capitale de l’Etat d’Adamawa, à 230 km de là. «Ils doivent revenir, mais je n’ai rien pour les nourrir, donc ils sont mieux là-bas».

«Les gens vont mourir de faim»

Rencontrée à un barrage de sécurité érigé par les membres d’une milice locale, Jamila Gambo, 15 ans, s’inquiète: «les pluies vont arriver, mais on ne peut rien planter, parce qu’on n’a rien à cultiver». «Les gens vont mourir de faim», lâche la jeune fille. Une seule route en mauvais état relie Michika à Yola et aux autres villes du sud de l’Etat d’Adamawa. Sur cette route, un morceau de pont pend en accordéon. L’armée nigériane l’avait fait exploser pour empêcher les islamistes d’avancer.

Des voitures, des camions et des motos sont obligés d’emprunter une piste en terre dans le lit de la rivière. De jeunes hommes poussent les véhicules et les moteurs grondent en avançant dans l’eau. «Dès qu’il va se mettre à pleuvoir, cette rivière va déborder et (la population de Michika) sera coupée du monde», prédit Jacob Zambwa, un fonctionnaire de 45 ans. «On ne peut rien faire. Nous n’avons pas les fonds nécessaires pour installer un pont temporaire», poursuit-il. Deux autres ponts, plus au sud, ont aussi été détruits.

Murs criblés d’impacts de balles

Avant, des paysans s’affairaient sur les terres qui bordent cette route, plantant des haricots, de maïs et du sucre, avant la saison humide. Mais l’insurrection a chassé la plupart d’entre eux. Les traces de violence et de destruction sont partout.

Dans la ville de Bazza, un char T55 rouillé datant de l’ère soviétique, saisi par l’armée, porte encore le sigle noir et blanc du drapeau jihadiste. En périphérie d’Uba, une église évangéliste frappée par une bombe gît en ruines. Partout, les murs sont criblés d’impacts de balles. De nombreux habitants avaient fui Boko Haram pour se réfugier chez des parents ou des amis, ou dans des camps à Yola. Mais l’armée nigériane affirme avoir chassé Boko Haram de l’Etat d’Adamawa, incitant les déplacés à rentrer chez eux. On aperçoit certains d’entre eux dans des voitures remplies de sacs, de seaux en plastique et surmontées de matelas, de tables et de chaises, sur la grande route qui traverse l’Etat.

Environ les trois quarts de la population sont retournés à Mubi, la capitale économique de cet Etat, prise par Boko Haram en octobre dernier et récupérée par l’armée en décembre. Les marchands ont repris les affaires et l’université d’Adamawa, installée à Mubi, doit rouvrir cette semaine. La population ne retourne pas au même rythme à Michika et Madagali, plus au nord. Seuls ceux qui doivent faire des plantations effectuent le voyage. L’unique dispensaire de Michika a dû fermer il y a trois semaines, par manque de médicaments.

L’Initiative d’Adamawa pour la paix, qui nourrit des centaines de milliers de déplacés à Yola, espère réussir à réunir un milliard de nairas (4,5 millions d’euros) pour reconstruire les localités les plus affectées, dans le nord de l’Etat, qui offrent un spectacle de «désolation», selon Imam Dauda Bello, qui travaille pour cette ONG locale. «Les pluies arrivent d’ici deux à trois semaines, quelque chose doit être fait dès maintenant», prévient-il.