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Après 8 ans d’enfermement: Etondè Ekoto quitte la prison de New-Bell

Après 8 ans d’enfermement: Etondè Ekoto quitte la prison de New-Bell

L’ex-président du conseil d’administration du Port autonome de Douala a finalement regagné son domicile hier, mardi 6 mai 2014

Cahier d’un retour à la liberté. Sur les hauteurs du parc des princes qui surplombent son domicile de la vallée en contrebas de la mairie de Douala 1er, au milieu du cortège de voitures composé de ses avocats, Claude Assira, Albert Dimè Nguend, Martine Mbongo, Jean Daniel Likale, Dieudonné Happi, Eyoum le chauffeur du colonel tente de briser le silence : «cette fois-ci, colonel, je ne viendrais plus te chercher à 17 h pour te ramener en prison après une permission de sortie.. . Finis les brefs séjours de 8 heures chez toi. Tu es libre ! » Libre enfin ? Acquitté par la Justice et libre ! Ses repas, comme son sommeil ou sa respiration ne sont plus sous haute surveillance. S’il y a 7 ans qu’il est parti de chez lui, c’est avec beaucoup d’émotion que le colonel Etondè Ekoto a franchi la porte de la prison de New-Bell hier matin, une semaine après son acquittement par la Cour suprême. Une armée de cameramen l’attendait au portail de la maison d’arrêt, devant une foule de badauds médusés, qui applaudissaient à tout rompre. A ses côtés, Grâce Etondè, son épouse de toujours, qui partage sa vie depuis bientôt une cinquantaine d’années. Elle est de tous les combats du soldat, au cœur de ses déboires comme de ses victoires. « Derrière un homme fort, il faut voir une femme extra-forte », dit en l’embrassant, un avocat. La paperasserie de levée d’écrou a pris toute la matinée de ce 6 mai. A 12h tapantes, le colonel est enfin chez lui. L’accueil est sobre, comme il l’a voulu. Dépouillé de tous les tralalas habituels qui cachent mal l’hypocrisie de ceux qui font mourir. Le soldat est rentré chez lui, auprès des siens, ses enfants, sa famille proche… Il n’envisage pas faire de déclarations quelconques, ni à la presse, ni à qui que ce soit. Il goûtte aux charmes tranquilles de la vie en famille, après en avoir brusquement été extrait il y a 7 ans. Pour Me Dieudonné Happi, son attitude de retenue est compréhensible. Le colonel Etondè Ekoto ne revient pas seulement de loin mais de très loin. Croyait-il encore à la Justice de son pays ? « Je dois vous avouer que c’est sur ce point qu’il m’a le plus surpris. Il y a toujours cru malgré le fait des discours alarmistes qui pouvaient être tenus çà et là, malgré tout ce qu’on pouvait dire. Je pense que son innocence y était pour beaucoup. Il était convaincu que Dieu ne pouvait pas accepter qu’il soit reconnu coupable des faits qu’il n’avait pas commis. Il y croyait encore plus et notamment au niveau de la Cour suprême, nous disant tout le temps qu’il ne pouvait pas croire que les magistrats de la haute Cour puissent céder à quelque pression que ce soit. En tout cas, il y a cru jusqu’au bout et curieusement son épouse également. » 8 ans de prison et deux acquittements. On est tenté de se demander comme l’homme de la rue : tout ça pour rien ? Bien sûr que la loi prévoit une possibilité d’indemnisation, nous a répondu un de ses avocats. « Mais je pense que le colonel Etondè a encore beaucoup à donner, à son pays, à sa famille, à ses relations, etc.…La chose la plus chère pour lui était le rétablissement de son honneur. Aujourd’hui, c’est chose faite et c’est le plus important». Depuis 7 ans, la concession Etondè Ekoto a connu d’interminables nuits de veille et de prière. Mais quelle que soit la longueur de la nuit, le jour a fini par se lever : le colonel est de retour à la vie, à la liberté… Edking Edouard Etondè Ekoto: La victoire du cœur sur le renoncement Sept ans de détention n’ont en rien crée en lui cette résignation du prisonnier qui se dit que les carottes sont cuites et que rien ne peut changer. Etondè Ekoto s’est toujours battu pour sortir de la médiocrité. Après de bonnes études supérieures, devenu militaire, le capitaine Etondè Ekoto a commandé des unités de sécurité en 1963. Avec le grade de chef de bataillon, il dirige le secteur militaire de l’Ouest qui s’étendait jusqu’à la frontière avec le Nigeria. Saint-Cyrien et breveté de l’Ecole supérieure de guerre de Paris, il s’est élevé au sommet de la hiérarchie militaire. Député à l’Assemblée nationale, il était également délégué du gouvernement auprès de la Communauté urbaine de Douala. Le militaire entré en politique au soir de sa vie, après avoir pris sa retraite d’officier supérieur à 41 ans, après avoir fait fortune dans l’agriculture, ne rêvait que de servir son pays sur le front du développement économique et social. Il voulait faire de Douala une ville moderne. Faire surgir d’une mangrove insalubre une cité aux allures de Venise tropicale. C’est la vision de «Sawa Beach», le titanesque projet initié par le colonel en 2004… Cela fait autant d’adversaires que d’ennemis dans le contexte camerounais. Au plus fort de la vendetta politico-judiciaire, sous le prétexte de l’assainissement des mœurs publiques, on a vu naître l’opération Epervier et se reproduire comme de la mauvaise herbe, des justiciers à la petite semaine, tapis dans les administrations, enflés de haine, de jalousie, de cupidité au service d’ambitions plus ou moins avoués. Une expertise tronquée du Consupe ; une dénonciation calomnieuse par voie de presse ; rouleau compresseur en marche, le soldat était déclaré bon pour le casse-pipe… Etondè Ekoto était aussi président du conseil d’administration du Port autonome de Douala. C’est de là que la première salve est partie. Depuis combien de temps était-il en ligne de mire ? Après avoir été dénudé des palmes dont sa tête était couverte, l’ex-colonel est frappé en plein vol. Apres moult péripéties judicaires, couvert d’opprobre, lâché par tous, livré aux « chiens enragés » dont parlait François Mitterrand, à 70 ans, il est incarcéré le 13 décembre 2007 à la prison centrale de New-Bell à Douala, condamné le 11 juin 2009 par la Cour d’appel du Littoral à 15 ans de prison ferme pour «détournement de deniers publics» au détriment du Port autonome de Douala. Mais il croyait en la Justice de son pays. Il y croit encore, convaincu que son honneur a été lavé à la Cour suprême. A ceux qui tout le long du procès Pad, lui demandaient de ‘partir avant qu’il ne soit trop tard’, il répondait invariablement : «je suis un militaire». Militaire, ce mot a toujours barré ses lèvres. C’est cet état intérieur fait de courage et de code d’honneur qui lui a permis de tenir si longtemps. Brossant le portrait de son héros, Ernest Hemingway dans son roman ‘The Old Man and the Sea’ paru en 1952 écrit : «tout en lui était vieux, sauf les yeux — et ils étaient de la même couleur que la mer, joyeux et invincibles». Ce court récit a valeur de symbole. Il décrit le courage et la dignité d’un vieil homme et sa lutte acharnée contre le sort, contre son âge, contre son corps, contre la mort. Il conte le respect du vieux pêcheur
pour son adversaire. Malgré les rigueurs de l’enfermement, le colonel Etondè Ekoto est toujours un homme joyeux et paisible, doté d’une grande capacité d’écoute. Au détour d’une conversation, il part d’un éclat de rire, écoute son interlocuteur et répond, jamais sans hausser le ton, jamais abattu. Avec son acquittement, aujourd’hui il peut savourer sans rancune la victoire du cœur sur le désespoir. Le triomphe de la justice sur la méchanceté…

 

 

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