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Après 33 ans d’exercice du pouvoir, que peut-on encore offrir à un peuple ?

Après 33 ans d’exercice du pouvoir, que peut-on encore offrir à un peuple ?

Ce vendredi 6 novembre 2015, c’est un jour comme les autres . Rien de spécial car, il faut se “battre” pour gagner sa pitance. Lutter contre l’adversité de la vie, contre les injustices sociales corollaire d’un régime en place depuis 33 ans. L’enthousiasme des premières heures du Renouveau s’est envolé depuis des années.

Pour les observateurs avertis de la scène politicosocial camerounaise, jamais la gouvernance et le civisme ne se sont autant mal portés au Cameroun que pendant ces 33 dernières années. Puiser allègrement dans les caisses publiques semble désormais être le sport favori des gestionnaires publics qui n’en démordent pourtant pas, malgré les serres du rapace qui rôde sur leurs têtes. La petite et la grande corruption ont aussi fait leur lit dans la société…
 
Pendant ce temps, avec «une insouciance sautillante et parfumée», les camerounais, par leur comportement, donnent raison à Réné Dumont, cet ingénieur agronome français qui dans les années soixante disait déjà que l’Afrique noire est mal partie, selon qui, «les dirigeants africains confondent leurs fonctions régaliennes aux activités personnelles[…] s’accrochent toujours au pouvoir jusqu’à la mort»

Un simple coup d’œil sur l’histoire du monde contemporain nous renseigne sur la “maladie de longévité au pouvoir dans le monde”. Parmi les chefs d’Etat arrivés au pouvoir au 20ème siècle, Paul Biya est classé troisième après Robert Mugabe (34ans en Zimbabwe), José Eduardo Dos Santos (35 ans en Angola), Teododro Obiang Nguema (35 ans en Guinée équatoriale).

Les chiffres du bureau national de la statistique parlent d’eux-mêmes. 70% des 20 millions d’habitants que compte le Cameroun ont moins de 33 ans…Il s’agit-là de toute une génération qui est née et qui a grandi avec Paul Biya, à la tête du pays et, qui, n’ont jamais connu de bonheur pour la plus part

Lorsque cette attitude s’écrase sur un peuple comme un lourd fardeau, elle l’empêche de s’apercevoir que même libre, aussi longtemps qu’il ne transforme pas ses espoirs en moteur de son propre développement, toute liberté n’est qu’une servitude qui s’ignore.

Par ailleurs, l’homme du 6 novembre 1982 au Cameroun a été une semence on ne peut plus fertile. Mais, trente et trois ans après, pour que le grain ne meurt dans le sol encore réceptif de notre conscience citoyenne, nous sommes toujours en attente, ne serait-ce que d’un début de germination. A moins que l’endroit où cette semence avait été enfouie dans le sol ne soit plus repérable du fait des larcins des laboureurs de la terre nommés par Biya et issus d’une même chapelle politique

C’est que nos dirigeants d’aujourd’hui avec en tête leur chef de file ont littéralement oublié leur mission historique : impulser une dynamique collective pour bâtir «un peuple d’êtres humains et non d’individus.» D’individus dont l’individualité ne dépend que de leurs positions de pouvoir et des avoirs que cela permet d’accumuler.

Aujourd’hui, aucun Camerounais n’est plus dupe sur la capacité de nos hommes politiques à faire autre chose que de la politique. Or, à en croire Cioran, dans la vie d’une nation, «Rien de plus dangereux que la volonté de ne pas être trompé. La lucidité collective est un signe de lassitude. (…) Chaque citoyen devient alors une petite exception, et ces exceptions accumulées constituent le déficit historique de la nation.»

Au Cameroun, le Président Paul Biya, lui, a trouvé sa voie : celle de mourir au pouvoir». Dans son Eldorado d’égoïste, tout est si parfait qu’à France 24 qui l’interrogeait il y a de cela quelques temps sur ses échecs éventuels, il a répondu sans sourciller : «J’ai fait plus et mieux que ce que je devais» ! Pendant ce temps, les populations subissent les coupures d’électricité, le manque d’eau potable, l’insécurité, la hausse des prix semble échapper à tout contrôle, défier toute logique, nos routes sont devenus des terribles mouroirs, le choléra bat son plein en plein 21è siècle au Cameroun…

Pour tout dire, il y a péril en la demeure. Après 33 ans d’exercice du pouvoir, que peut-on encore offrir à un peuple ? Lorsque l’on dure trop longtemps au pouvoir, on finit par s’émousser et Biya ne devrait pas faire l’exception. En plus, il y a l’usure du pouvoir, d’où l’intérêt d’instaurer une alternance à la tête de l’Etat. Ce n’est pas pour rien que les pays avancés sur le plan démocratique ont non seulement limité le nombre de mandats présidentiels, mais aussi réduit la durée du mandat à 4 ou 5 ans : cas des Etats-Unis, de la France et de bien d’autres Etats. A la vérité, Biya présente la face la plus négative de l’Afrique au reste du monde.(1)

Le Cameroun et l’Afrique en général n’ont plus besoin de cette race de dirigeants dont la philosophie est basée sur l’égocratie(2). Ces 33 ans de pouvoir de Biya constituent, disons-le sans ambages, un anniversaire honteux.

(1) Dabadi ZOUMBARA, le Pays du 7 novembre 2012
(2) Gustave Biot, Mémoire UCL,P-39 (La gérontocratie dans les pays du Tiers-Monde, le cas du Cameroun)

 

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