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Ananie Rabier Bindji (Journaliste): « Je suis la dernière personne que Tolbert reçoit vivant en tant que Chef d’Etat du Liberia»

Ananie Rabier Bindji (Journaliste): « Je suis la dernière personne que Tolbert reçoit vivant en tant que Chef d’Etat du Liberia»

Avec le président Bongo Omar, Ali Bongo et moi, nous sommes à la base de la démocratie au Gabon. Je ramène les opposants le 13 mai 1989 au Gabon… j’ai négocié pendant trois ans…», dira également entre autre Ananie Rabier Bindji dans l’entretien avec Ben Adjali, un confrère de DBS.

La Tribune de l’histoire de ce dimanche 23 août 2015 sur Canal 2 International était consacrée à la vie du journaliste et self made men Ananie Rabier Bindji, que de nombreux professionnels des médias présentent comme un monument de l’histoire du continent Africain.

Petite précision s’il en vaut la peine, le journaliste émérite Ananie Rabier Bindji est vivant et bien portant. Simplement, le mystère qui entoure cet historien qui parle en général avec des faits et des preuves au contraire de ses nombreux contradicteurs a amené il y a cinq ans un autre confrère de la chaîne de télévision privée DBS, Ben Adjali, à recevoir le journaliste de Canal 2 international dans son émission « Un homme, une histoire ».

Depuis lors, l’émission n’a cessé d’être diffusée et rediffusée sur Canal 2 International, à la demande ou non des téléspectateurs. Quoiqu’il en soit, la transcription partielle qui suit permet d’apprécier un pan important de l’histoire du Cameroun et bien plus.

Au sujet de ses origines…

… Beaucoup de camerounais ne savent pas que je suis du Centre, de père et de mère. Je suis Manguissa, mais comme je parle une vingtaine de langues africaines et beaucoup plus du Cameroun, les gens n’ont jamais su me situer. Mon père, il s’appelait Joseph Ongolo, il est mort en 1985, donc 25 ans aujourd’hui. Ma mère est morte en mai 2005, il y a cinq ans. Je suis fils unique de mes parents, je n’ai pas de frères ni de sœurs. Je suis de Saa, dans le département de la Lékié…

Au sujet de ses premiers pas à l’école …

A l’école sacré cœur à New bell jusqu’au CM1. Puis le CM2 à St Jean Bosco où j’ai rencontré Antoine Lobé, André Kouanbangué et beaucoup d’autres. En 1954 j’ai passé le concours d’entrée en sixième, j’ai juste franchi la vallée derrière pour aller au collège Libermann.

Après cette réponse, suivra un extrait d’une édition de « La tribune de l’histoire » dans lequel l’invité, Ananie Rabier Bindji, déclarait au sujet du collège Libermann « ce prestigieux collège qui a formé une grande partie des élites camerounaises : Marcel Yondo, Bwele Guillaume, André Siaka, Foumane Akame Jean, Akame Mfoumou, Melone stanislas, Dipanda Mouelle Alexis, Ayonbo Ambroise, etc… ».

Ananie poursuivra dans sa réponse par ces termes : « je me suis toujours demandé pourquoi je suis cancre, parce que j’aurai pu profiter… j’ai eu comme voisin de bac des gens célèbre comme le Porf. Melone stanislas, le Prof. Nele Samuel… et moi j’aurais voulu être comme eux et je n’ai pas pu.

Morceaux choisis

Globalement, tout au long de cet entretien de 53 minutes qu’il convient d’écouter pour se faire sa propre idée, Ananie Rabier Bindji dira de nombreuses vérités et fera des révélations inédites dont voici des extraits :

« Le 16 novembre 1953 il sort (Jean Marie Manga, responsable de l’information à l’Upc Ndlr) le numéro du journal de l’Upc (Union des populations du Cameroun) qui était Cameroun mon pays… ça coutait 04 frs à l’époque… J’étais le premier vendeur du journal de l’Upc « Cameroun mon pays… je suis rentré à l’Upc comme on rentre dans les ordres ».

« Quand j’arrive à l’école militaire en 56 (au Congo, Ndlr), Ahidjo va arriver au pouvoir en 58, alors il commence à pourchasser les Upcistes. Kwame Nkrumah vient de déclarer le Ghana indépendant en mars 1957. Kwame Nkrumah avait ouvert les portes de son pays aux opposants africains qui étaient pourchassés chez eux. »

« … personne à l’époque ne pouvait recevoir du courrier ni du Ghana, ni de la Guinée, ni du Caire… »

« …Quand on a fait cette grève, les français qui ont toujours une vue très courte se sont dit, c’est surement les camerounais qui ont amené l’idée alors que c’était faux ! … »

« …Un de vos confrère a écrit quelque chose de très grave sur moi dans un journal qui s’appelle le Jeune enquêteur… c’est pour ça que je parle toujours avec des documents, je ne fais pas comme les autres ».

« … je voulais travailler, mes parents étant très, très pauvres ; nous on avait dépassé le stade de la pauvreté, on était à la misère… »

« … on m’envoie à Abidjan comme directeur régional de Jeune Afrique pour l’Afrique de l’Ouest… je vais y rester jusqu’en avril 73, on me ramène à Paris comme directeur pour l’Afrique noire. J’y reste jusqu’en novembre 83 où je démissionne… Quand la brouille arrive entre Paul Biya et Ahmadou Ahidjo, Siradou prend fait et cause pour Ahidjo qui est son frère Peuhl, et en l’occurrence il traite Biya de parricide, etc… je suis allé à Afrique Asie (magazine, Ndlr) à partir du 1er janvier 1964 ».

« … je signais les articles à l’époque OBM : Ongolo Bissa Ngono. Bissa Ngono c’était le nom de ma grand-mère, et Ongolo Bissa Ngono c’était le nom de mon père… ça me permettait de na pas être en première ligne, parce que c’est moi qui s’occupait de la promotion du journal entre autre… »

« Quand je pars de Jeune Afrique (en novembre 1983, après 10 ans, Ndlr) je gagne à peu près 43 000 Francs français, 4 300 000 FCFA, en 1983. Quand je viens à Afrique Asie, je commence par gagner 50 000 FF c’est-à-dire 5 millions FCFA. Quand je pars en 97 je gagne pratiquement 6 millions FCFA, c’est grâce à ça que j’ai pu faire ce que j’ai. Je n’ai jamais eu un sous du Cameroun, je n’ai jamais été boursier du Cameroun… et je précise que j’ai construit 03 villas au Cameroun plus la villa de mes parents, tout en étant locataire en France… c’est pour ça que je crie fort. Cette maison où j’habite m’a coûté en 1986 presque 148 millions FCFA avant la dévaluation… celle que j’ai à CCC (zone industrielle à Douala, Ndlr) en 1980 m’a coûtée à peu près 100 millions FCFA.

« J’aurais aujourd’hui au bas mot en France un patrimoine de dix appartements que je mettrais en location, mais je ne l’ai pas fait. Je préférais prendre de l’argent venir construire ici alors que j’habitais à Paris. Cette maison était tout le temps vide, même celle de CCC. Il y avait mon personnel, mes gardiens, mes employés de maison, mais moi je vivais en France. C’est pour ça que j’estime qu’il n’y a pas beaucoup de personnes qui peuvent me donner des leçons de patriotisme au Cameroun… j’ai acheté mon premier pavillon en France en 1996. Jusque-là j’étais locataire !»

« L’histoire n’est pas linéaire. La première fois que je viens au Cameroun c’est en 1967… Je dis à Ahidjo que je ne suis ni pour lui, mais je ne le combat pas… Je lui ai donc rappelé ce qu’il avait dit le 11 février 1966 à la première fête nationale de la jeunesse: « L’heure est révolue où tout camerounais sortant de l’école peut s’attendre à un poste à la fonction publique. Même dans le privé, les capacités commencent à être atteintes. L’heure est donc arrivée où tout camerounais doit avoir le goût du risque. L’envie de créer quelque chose à partir de rien. » …

« … j’ai travaillé aussi beaucoup pour Africa International… pendant des années j’ai étés conseiller à la rédaction pour Africa International…. »

« J’ai même lancé à Paris en 1989 mensuel d’informations générales intitulé « la presse de la nouvelle Afrique » qui marchait bien et le Cameroun était mon meilleur marché. En 1992, ayant écrit un article intitulé « Biya doit partir » qui n’avait pas plu aux autorités camerounaise, mon journal a été interdit au Cameroun par arrêté N° 15 MINAT DAP SDI du 05 avril 1992 du ministre de l’administration territoriale (Minat), Gilbert Andzé Tsoungui… ayant expliqué cela au président Omar Bongo, il m’a demandé d’arrêter le journal et m’a remis de l’argent pour aller couvrir les dettes que j’avais contracté auprès des banques et des particuliers… des années après, j’ai vu que la très grande majorité des camerounais n’avaient ni l’esprit, ni la mentalité démocratique… »

« … nous sommes allé dans les maquis du Cambodge. J’ai eu l’honneur de manger avec Pol Pot (de son vrai nom, Saloth Sâr, Ndlr) au maquis… j’ai mangé avec Tolbert (William Richard Tolbert, président du Libéria de 1971 à 1980 & président de l’OUA de 1979-1980, Ndlr) … je suis la dernière personne qu’il a reçu ce jour-là de 16h à 17h… à 5h du matin Samuel Doe l’a tué. Je suis la dernière personne que Tolbert reçoit vivant en tant que Chef d’Etat… »

Un contact permanent avec les hautes personnalités

Vers la fin de l’entretien, quelques-unes des nombreuses personnalités rencontrées par Ananie Rabier Bindji ont été présentées, au rang desquelles:

– Nelson Mandela à sa sortir de prison ;

– Pol Pot, dirigeant politique et militaire des Khmers rouges ;

– William Richard Tolbert (ancien président du Libéria assassiné par Samuel Doe) ;

– Frederik Willem de Klerk, avocat et ancien chef d’État sud-africain, à la libération de Nelson Mandela ;

– Omar Bongo dont il a été très proche ;

– Michael Jackson, qu’il a fait venir au Gabon (avec Ali Bongo également son ami) pour la campagne d’Omar Bongo, avant le de faire visiter la Côte d’ivoire à la demande de Alasane Dramane Ouattara (PM à l’époque), mais aussi la Tanzanie, au Kenya ;

– Me Verges, Abdou Diouf, Blaise Pascal Tala, Robert Mugabe, Pierre Semengue, Paul Mba Abessolo, Etc… la liste est non exhaustive.

« Je peux dire que je suis avec le président Bongo Omar, Ali Bongo et moi, nous sommes à la base de la démocratie au Gabon… je ramène les opposants le 13 mai 1989 au Gabon… j’ai négocié pendant trois ans…»

« … comme vous voyez-là avec Ali Bongo, je lui parle il m’écoute. A chaque fois il est arrivé à un meeting,je lui parle, il m’écoute religieusement… c’est un garçon brillant qui sait écouter… je peux en être fier.J’ai parié sur lui qu’on gagnait les élections, on a gagné !»

L’une des dernières phrases du journaliste émérite de Canal 2 International sera « vous savez le camerounais il a une première qualité. Quand il n’est pas à votre niveau, quand vous le dépassez, il vous insulte pour se consoler, il dit n’importe quoi ; il faut s’y attendre… » Mais également « quand j’entrais à Jeune Afrique, il n’y avait pas plus de 20 africains dans la presse internationale. Aujourd’hui au Cameroun, vous avez 01 million de journalistes. Alors pour percer, pour avoir la notoriété, on est obligé parfois de faire n’importe quoi. Nous on ne recherchait pas la notoriété, on n’était pas nombreux, on l’avait dès qu’on y était !… »

Finalement, l’homme qui se traite lui-même de cancre à eu une carrière riche comme en revêrait tout journaliste ou professionnel de la communication… encore qu’il est toujours d’attaque dans le métier.

Ci-dessous, l’intégralité (Audio) de l’entretien entre Ben Adjali et Ananie Rabier Bindji diffusée dimanche dernier sur Canal 2 International:

http://cameroon-info.net/stories/0,67680,@,cameroun-ananie-rabier-bindji-journaliste-laquo-nbsp-je-suis-la-derniere-personn.html

 

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