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ALBERT NGUIDJOL, “TOUS LES MÉDECINS NE SONT PAS DES CARDIOLOGUES”

ALBERT NGUIDJOL, “TOUS LES MÉDECINS NE SONT PAS DES CARDIOLOGUES”

Depuis les Etats-Unis où il réside, l’ancien Secrétaire General adjoint de la Fécafoot revient sur les ressorts de la crise et s’insurge contre la nomination de juristes incompétents dans le droit du sport pour conduire la Normalisation.

Albert Nguidjol, le football camerounais est à nouveau plongé dans une crise institutionnelle profonde. Quels sont, selon vous, les ressorts de cette crise permanente ? Existe-t-il une fatalité Fécafoot ?
Il n’ya aucune fatalité à la Fécafoot ; plutôt, les gens veulent apporter la fatalité à la Fécafoot. La preuve : pendant que les barons se battent dans les bureaux, sur le terrain de jeunes vedettes se signalent et font les beaux jours de beaucoup de grands clubs dans le monde. Le sport est le miroir du temps qui reflète nos réalités et nos contradictions quotidiennes. A moi de vous demander comment se porte le Cameroun.

Les acteurs du football camerounais jouent-ils franc jeu ? Peut-on encore faire confiance en ces hommes ?
Le déficit de confiance finit toujours par s’installer dans tout regroupement humain où les gens s’adoptent réciproquement sur la base d’enjeux et de critères extérieurs, pour ne pas dire diamétralement opposés aux intérêts de la cause originelle A la Fécafoot où il s’agit de football, allez donc voir les cartes de visites des gens…

La mise hors jeu de l’ancien président Iya Mohamed ne semble pas avoir changé la donne. Etait-ce lui le problème ?
Le changement de leader dans un groupe n’est pas toujours synonyme de changement de mentalité, notamment dans un milieu comme la Fécafoot où beaucoup de gens sont directement redevables de beaucoup de choses au leader. Je venais de le dire dans ma réponse à la précédente question. En effet, la Fécafoot ne grandira que le jour où son président saura que sa base regorge de compétences rompues à la cause et à la promotion du football, à l’opposé des griots qui peuvent réussir la performance d’élire un président absent.

On observe un retour de plusieurs anciens ténors de l’ère Iya, de quelle crédibilité peuvent-ils se prévaloir ?
Votre question rentre toujours dans le cadre de ce que je venais de dire précédemment, à savoir que des gens passionnés et rompus à la tâche à la base peuvent faire bouger un leader, un système. Je pense personnellement qu’il ya eu beaucoup d’erreurs d’appréciation et de gestion des ressources humaines à la Fécafoot. Les services des Alioum, Mayebi, Ndeh John, Essomba Eyenga etc, quoi que l’on dise se sont soldés par des actions positives à la Fécafoot. De l’organisation administrative de la maison à l’organisation des compétitions, en passant par les résultats de l’équipe nationale fanion et les rentrées financières admirables, coté marketing. Je ne connais pas Abdouraman car il est venu à la Fecafoot après moi. Toutefois, j’admire sa témérité, car il est un bon cheval de course. Nul n’est indispensable et l’on ne reste pas à perpétuité dans les affaires, seulement, je suis contre la mise à l’écart des personnalités ressources pour ces raisons subjectives.

Comment expliquer que d’éminents juristes ne réussissent pas à faire consensus au tour des textes de la Fecafoot ?
Pas de surprise car, dès le départ, j’avais déclaré dans un journal camerounais que le Comité de Normalisation portait les gènes de sa propre destruction et ceux de la descente aux enfers du football camerounais. Tout en respectant tous les membres du Comité de Normalisation, notamment les juristes émérites, je dois dire haut et fort que tous les médecins ne sont pas des cardiologues. Vous ne pouvez pas demander à un ophtalmologue ou à un pédiatre de faire une opération à cœur ouvert, alors qu’à coté il y a des chirurgiens cardiologues qui n’ont rien à faire.

Y a-t-il une subtilité du droit du sport qui aurait échappé à nos éminents juristes ?
A moins que vous ne veuillez que je me répète, je vais juste vous dire que le sport est mal compris et mal géré au Cameroun, et c’est chaque Camerounais qui croit y avoir de la compétence. Bref! Dans le cas présent, les Camerounais ont sciemment et arrogamment désobéi à leurs compatriotes qui étaient plus aguerris et avertis dans la matière (droit du sport), et patatras!

Que pensez-vous de l’implication de l’Etat camerounais dans la gestion de cette crise ?
Personnellement, je pense que l’implication de l’Etat Camerounais dans la gestion de la crise de la Fécafoot est un couteau à double tranchant qui peut nous servir et nous desservir. Ceci me gêne justement car, dès le départ, les textes fédéraux ont été bafoués et foulés de plein pied. Que prévoyaient les textes de la Fecafoot en cas de vacance à la Présidence? Je refuse de croire que, pour un scenario que le football camerounais avait déjà vécu, que pour un scenario connu en 1998 et auquel on a apporté une réponse, des Camerounais ont volontairement choisi le terrain du TERRORISME des textes, le chemin de la TYRANNIE sportive.

Vous avez vous-même été Secrétaire Général adjoint de la Fécafoot on en est à regretter le temps où le président de cette association était nommé par le pouvoir politique ?
J’ai été secrétaire général adjoint de la Fécafoot de 1996-2000. En mon temps déjà tous les membres du Bureau Directeur de la Fecafoot étaient élus et c’était une élection uninominale. Pour la petite histoire mon challenger à l’époque avait été John Ndeh. Cela dit, Le pouvoir politique n’a-t- il pas nommé les membres du Comité  de Normalisation? Quand le Cameroun s’affilie librement à une association ou organisation internationale, les Camerounais doivent faire preuve de maturité, d’intégrité et de patriotisme afin de nous éviter des dérapages honteux et grossiers comme ceux que nous vivons actuellement, sous les regards moqueurs de nos adversaires du monde entier.

La récente décision du TAS remet tout le processus électoral à plat. Comment le rendre plus crédible ?
A ce niveau, je dois vous avouer qu’en légaliste, je pense, à mon très humble avis, que la forme la moins douloureuse de la reprise des activités de la Fécafoot passe par le respect strict des textes en matière de la vacance de la Présidence. De là et parce qu’il n’y a que les myopes qui ne changent pas, l’Etat aidera ces fils et filles du Cameroun à prendre le taureau par les cornes pour dire « non! Plus jamais de guerre dans notre football ». Aucune guerre ne s’est arrêtée miraculeusement sinon qu’au bout du compte, les protagonistes finissent toujours par s’asseoir autour d’une seule et même table pour faire des compromis

Vous avez été joueur et entraîneur de football au Cameroun. A l’évidence, ce sont les joueurs qui semblent payer le plus lourd tribut de cette crise interminable. Comment les remettre au centre du jeu ?
Sans polémique, je vais dire qu’aucun fils, aucune fille d’un membre du gouvernement, d’un sénateur, d’un Général d’armée ou d’un directeur général, ne joue au football de haut niveau. Ce sont les filles et les fils des ménagères et des paysans qui jouent au football et je pensais que cette réalité pousserait les Camerounais à un réglage des comportements en faveur du football au Cameroun, un terrain par excellence de la résorption du chômage des jeunes, mais hélas!

Que devient Albert Nguidjol ? Que faites-vous exactement aux USA ? Envisagez-vous un retour au Cameroun pour contribuer à la relance de notre football ?
Cette question revient toujours quand je fais face à la presse camerounaise… Je vous dirai juste que je n’ai pas du tout changé aux Etats Unis. Je suis resté le même. Je crois en Dieu, je respecte mes choix, je n’ai pas peur de l’inconnu, du nouveau ou du difficile. J’aime la vie en famille, les amis et le plein air. J’ai horreur du mensonge et du vol, car ce sont ces deux vices majeurs qui ont tué l’activité que j’aime le plus au Cameroun: Le football. Sur le plan le plan professionnel, je fais très exactement ce que je faisais au Cameroun à savoir l’enseignement et l’encadrement des jeunes dans le sport, en général, et le football en particulier. Par rapport à ma modeste contribution à la relance du football camerounais, permettez-moi, s’il vous plaît, de vous dire que je le fais chaque jour mais alors avec les moyens à ma disposition… Malgré mes contraintes académiques, j’ai pu trouver du temps pour satisfaire à votre demande. Un camerounais n’a pas besoin d’être au Cameroun pour contribuer au développement du football camerounais, ou alors d’être à un poste à la Fécafoot pour contribuer à l’essor de notre football. En mon temps, j’ai servi passionnément dans la rigueur, la dignité, et l’intégrité. Je souhaite très bonne chance à ceux qui viendront surtout après cette crise, en souhaitant que le prochain président de la Fécafoot soit un vrai connaisseur du football, mais surtout un homme ou une femme intègre, un rassembleur qui saura réconcilier toutes les parties prenantes et qui saura réconcilier le football camerounais et ses très nombreux fans.

 

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