ALAIN BERNARD ONONINO «2/3 DES POPULATIONS D’ÉLÉPHANTS ONT ÉTÉ EXTERMINÉES EN DIX ANS»

Le coordonnateur de la Mise en application de la loi au Wwf revient sur les raisons du blocage que connaît la lutte contre la criminalité faunique au Cameroun.[…]La criminalité faunique, malheureusement a tendance à bien se porter au Cameroun. Je dis malheureusement parce que les espèces phares que sont les éléphants, les grands singes, les lions qui sont les espèces en voie d’extinction font de plus en plus l’objet d’abattage par des braconniers et autres trafiquants.
 
On parle de braconnage, de criminalité faunique. Ce ne sont pas des termes nouveaux. Pourquoi est-ce que les choses n’avancent pas ?

Le braconnage n’est pas nouveau. Depuis des temps immémoriaux, nos ancêtres ont prélevé la ressource faunique, mais à l’époque, c’était plus à des fins de consommation, pour la viande et quelques fois pour des rites. Les quantités prélevées pouvaient permettre une gestion durable de ces espèces. C’est pourquoi la situation n’était suffisamment pas alarmante. Aujourd’hui on est passé du stade de braconnage au stade de criminalité. Parce que les méthodes utilisées par les braconniers ont un impact beaucoup plus sévère sur la faune. Les armes utilisées sont des armes de guerre, les armes lourdes, qui causent d’énormes dégâts. De deux, il y a plus de liens entre la criminalité faunique et d’autres formes de criminalités, d’autres formes de trafics tels que celui de la drogue, même des êtres humains. On est passé du stade de criminalité à un stade de menace même pour la sécurité car, qui dit prolifération des armes, dit, la possibilité un jour que ces armes se retournent contre nous les humains. C’est pourquoi il faut attirer l’attention de la communauté nationale et internationale sur l’ampleur de ce phénomène afin que des réponses appropriées soient apportées. La criminalité faunique, malheureusement a tendance à bien se porter au Cameroun. Je dis malheureusement parce que les espèces phares que sont les éléphants, les grands singes, les lions qui sont les espèces en voie d’extinction font de plus en plus l’objet d’abattage par des braconniers et autres trafiquants. Les chiffres sont là pour nous interpeler parce que les récentes études ont montré que plus de 2/3 des populations d’éléphants ont été exterminées  en l’espace de dix ans. C’est la raison pour laquelle il est temps que le gouvernement fasse des efforts dans la lutte contre la criminalité faunique au Cameroun. 
 
Que dit la loi sur le braconnage et la criminalité faunique ?

La loi prévoit des pénalités en cas d’abattage, de capture ou de détention d’une espèce intégralement protégée. Si on prend le cas des espèces de la classe A (il existe trois classes), comme le lion, le gorille, le chimpanzé, l’éléphant… il y a comme pénalité trois ans d’emprisonnement et dix millions de Fcfa pour ce qui est de l’amende. On a une loi qui est sévère, mais qui de plus en plus s’avère l’être un peu moins parce que quand d’un côté on voit que le prix de l’ivoire ne cesse d’augmenter, on se retrouve dans une situation où les braconniers peuvent se faire des profits  énormes. Ils préfèrent s’adonner à la fraude en sachant qu’ils ne seront pas inquiétés. Et même s’ils le sont, entre ce qu’ils vont gagner et ce qu’ils vont perdre, le choix est vite fait. C’est une loi à parfaire, et c’est pourquoi heureusement, on est dans un processus de révision de la loi qui, on l’espère, va conduire à un durcissement de la peine, et même à la criminalisation des infractions fauniques.
 
Que peuvent faire les journalistes dans la lutte contre la criminalité faunique?

Ne dit-on pas que le journalisme c’est le quatrième pouvoir ? Les médias ont un rôle capital à jouer. On attend d’eux qu’ils passent le bon message à la population, qu’ils aient une meilleure connaissance de la problématique du braconnage, de la criminalité faunique, des espèces protégées.