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Agitation autour de la fortune présidentielle: Paul Biya a forcément quelque chose à cacher

Agitation autour de la fortune présidentielle: Paul Biya a forcément quelque chose à cacher

Le cabinet civil de la présidence de la République brandit le communiqué de Forbes Afrique comme un trophée de guerre. Cameroon Tribune exhibe l’interview de Michel Lobé Ewané, responsable de Forbes Afrique comme une preuve irréfutable de ce que le chef de l’Etat Camerounais n’est en rien concerné par le classement attribué au magazine américain du top 10 des chefs d’Etat africains les plus riches. Une mobilisation générale, pour ainsi dire, pour éteindre l’incendie (criminel ?)  provoqué par un journal en ligne américain qui se serait caché derrière Forbes, pour ainsi usurper sa crédibilité et ternir celle de Paul Biya. Foi d’Issa Tchiroma Bakary, porte-parole du gouvernement et accessoirement ministre de la Communication.

Le débat est ainsi volontairement déplacé sur le terrain de la déontologie journalistique. Forbes n’aurait jamais établi un classement sans présenter une méthodologie professionnelle rigoureuse, beugle-t-on ici et là pour défendre l’honneur injustement et malhonnêtement bafoué d’un président modeste. Le sapeur de service dénonce l’acharnement de certains groupes contre Paul Biya et crie au complot contre le président du Cameroun, non sans tenter de donner mauvaise conscience aux journaux qui ont relayé l’information. Certes, ceux-ci auraient dû faire preuve d’un peu de prudence pour ne pas prêter le flanc au pleureur professionnel.

Il faut faire remarquer que la presse camerounaise ne dispose pas des moyens d’enquêter sur la fortune présidentielle ou d’autres sujets du même acabit. Ne serait-ce que du fait du peu de cas que la nomenclature au pouvoir lui accorde. Mais surtout du fait de toute l’orchestration mise en place pour la museler et mieux cacher ce qui mérite d’être su. La presse n’est invitée à table que pour servir de « His master’s voice ». A moins d’être une caisse de résonnance, elle ne sert plus à rien. Ainsi donc, quand Issa Tchiroma la convie à un point de presse c’est pour qu’elle soit sage comme une petite fille et aille porter sa parole comme il porte celle du gouvernement. Sans discernement. Sans exister. De manière psitacique. Mécanique et idiote.  Voilà ma presse telle que les tenants du pouvoir voudraient la voir.

Seulement, la réalité au-delà de la presse n’est pas toujours admirable. En chœur, ils ont dénoncé un complot anti-Biya, antirépublicain pour déstabiliser le Cameroun et ses institutions. La ligne de défense la plus facile, sans doute pour des gens qui ont longtemps misé sur la stratégie du pire. Des gens qui voguent dans l’opacité noire d’une gestion calamiteuse du Cameroun. Au commencement était le déni de la transparence. Rien, aucune pression, interne ou extérieure, n’a pu pousser le régime de Yaoundé à rendre le jeu du pouvoir transparent. Au contraire, au fil du temps et des épreuves, il se recroqueville sur lui-même. Et développe la psychose de la persécution.

Une fois au bord de l’asphyxie, le régime a consenti à une modification de la constitution qui rendait obligatoire la déclaration de ses biens à chaque responsable de haut rang des affaires du pays. C’est inscrit noir sur blanc dans la constitution de 1996. Depuis, 18 ans se sont écoulés. Et Paul Biya lui-même a prêté serment trois fois : en 1997, 2004 et en 2011. A chaque fois, on a espéré en vain qu’il déclare ses biens comme l’exige l’article 56 de la constitution de 1996 qui stipule que « le président de la République, le Premier ministre, les membres du gouvernement et assimilés (…) doivent faire une déclaration de leurs biens et avoirs, au début et à la fin de leur mandat. » Paul Biya n’a jamais déclaré ses biens et avoirs. La question c’est : pourquoi ?

Est-ce une volonté délibérée du garant de la constitution de notre pays de la braver ? Ou est-ce un caprice de roitelet peu enclin à se soumettre aux mêmes exigences que le commun des mortels sous d’autres cieux. En tout cas, force est de constater que n’ayant pas déclaré ses biens et avoirs, Paul Biya a soulagé ses collaborateurs en leur épargnant un embarras qu’ils auraient eu du mal à affronter. Ce n’est sans aucun doute ni l’un ni l’autre. Et si Paul Biya avait effectivement quelque chose à cacher à ses compatriotes ? On est bien obligé de poser la question. Car le problème de sa fortune est très récurrente dans la vie publique de la nation et en dehors. L’absence de transparence sur sa fortune suscite depuis toujours de la curiosité de la part d’Ong, de journaux, étrangers en l’occurrence et d’autres structures militant en faveur de la bonne gouvernance économique et politique. On lui a ainsi prêté plusieurs biens et avoirs en Europe notamment sans qu’il daigne apporter sinon un démenti, du moins le moindre éclairage. Certes, Paul Biya a le mot rare. Une posture fort appréciée de ses thuriféraires qui prétendent que le silence est d’or. Peut-être. Si cela peut leur faire plaisir.

Mais il est impossible de ne pas voir dans l’envol vertigineux de la corruption et des détournements des deniers publics la marque du silence présidentiel. De n’avoir pas déclaré ses biens et avoirs depuis 18 ans et 3 prestations de serment n’a-t-il pas montré la voie à ses collaborateurs qui ont fini par comprendre que cet article de la constitution n’est que  pure divertissement ? De toute façon, il n’y a jamais eu autant de pillage de la fortune publique que depuis ces 20 dernières années. Paul Biya serait-il en train de montrer l’exemple à ses collaborateurs ? La question mérite bien d’être posée à cause de son obstination à faire respecter la constitution qu’il a lui-même fait concoctée par une assemblée nationale largement acquise à sa cause.


Ce n’est pas un hasard si le cabinet civil qui regorge d’éminents communicateurs ainsi que ses conseillers de l’ombre se trouvent coincés dans ce classement qui le classe 5ème plus fortuné président africain, se contentant d’attaquer le journal qui l’a publié et non en publiant ce qui devrait être la vraie information. Moyennant quoi, ils discréditent Therichestlifestyle sans pour autant rétablir l’honneur de leur champion, ce qui était le but de l’exercice. C’est que dans la situation où se trouve Paul Biya, le meilleur communiquant aurait du mal à positionner Paul Biya en M. Propre dans le contexte actuel au Cameroun. C’est quand même lui qui, pendant de nombreuses années, a fermé les yeux sur le pillage du pays orchestré par ses collaborateurs, sous le prétexte qui s’avèrera fallacieux, qu’il n’y avait pas de preuve. La preuve irréfutable, c’est que c’est toujours lui qui, quelques années plus tard, s’évertue à les mettre en prison, souvent, sans autre forme de procès.

Et puis, l’image de vacancier au pouvoir qu’il projette depuis son accession à la magistrature suprême, qui passe le tiers de l’année en terre étrangère qu’il enrichit sans sourciller,  ne plaide pas forcément en faveur d’une quelconque probité morale de sa part.

32 ans plus loin, l’homme de la rigueur et de la moralisation n’est plus audible. Il n’est plus crédible. C’est à lui de prouver qu’il n’a pas volé ses compatriotes. Et non aux journalistes.

 

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