Afrique : Terrorisme et communications Africaines

Depuis l’irruption du mouvement Boko Haram et du visage des formes de terrorisme dans différents pays africains, la communication accordée à ce phénomène a varié. Au départ par exemple, les seules informations disponibles nous parvenaient de l’extérieur de l’Afrique. La présence des relais anglo-saxons a permis d’éveiller un certain intérêt aux Etats-Unis et en Europe. En effet, les premiers récits étaient d’auteurs de ces aires géographiques : journalistes, spécialistes de la question du terrorisme, universitaires, etc. Aussi, avant que le Nigéria, sa société civile, ses associations féminines et ses médias n’aient entrepris quelconque démarche suite à la prise en otage des lycéennes de Chibok, les médias, des personnalités et les réseaux sociaux, depuis l’extérieur, avaient déjà empoigné le sujet.

Il faut s’attarder sur l’attitude désinvolte de certains chefs d’états africains. A la vérité, les rapports qu’ils entretiennent avec les populations locales sont des plus édifiants en matière d’absurdité. Il en existe qui, au motif de paraître signifiants, délaissent leurs responsabilités vis à vis des électeurs. Si seulement ils ne se prévalent pas d’avoir foulé au pied la volonté de leurs propres citoyens en trafiquant les résultats des urnes ! Lors du tragique épisode de Charlie Hebdo où des caricaturistes ont violemment trouvé la mort, l’Afrique s’est faite une part belle dans la manifestation de l’empathie et a montré au monde, via certains de ses chefs, un haut sens de d’humanisme. Muselant et opprimant les opposants chez eux, certains ont réussit le test de franchir le palier des hommes respectables. Les attentats du Bataclan, de Saint-Denis et du restaurant « Le Petit Cambodge » à Paris ont remis en scène la « hauteur » peu enviable de ces éminents représentants. Des messages de certains gouvernants africains se sont faits entendre, mêlant indignation, compassion et tristesse.

Tout ceci est explicable. Car il s’agit avant tout des vies humaines ; peu importe la couleur du ciel sous lequel elles ont si brutalement péri. Il existe une position fondamentale, un « radicalisme » indiscutablement humain, que chacun est appelé à défendre.

Mais comment passer outre ce phénomène délirant qui suscite curiosité et autre indignation ? Le président béninois, Yayi Boni, fait une entrée inattendue dans l’almanach du ridicule africain. Il s’est illustré d’une manière toute particulière en libérant devant caméras de chaînes de télévision réunies quelques gouttes lacrymales qui ont rappelé celles du tristement célèbre Bokassa Ier lors des obsèques du très regretté Général Charles de Gaulle. Si cette manifestation de l’émotion ne s’est pas démocratisée au point de caractériser l’ensemble des présidents africains, nombre de chefs d’états d’Afrique francophone ne sont pas moins atypiques. D’aucuns s’apitoient à l’accès, sans doute pour attirer les faveurs et la sympathie de l’Elysée. Il y a là une forme de perversité mêlant calculs politiques et puérilités. Si les événements douloureux en France constituent des aubaines politiques tant à l’intérieur qu’à l’extérieur, celles des dirigeants français, mêmes cyniques, seraient plus compréhensibles. Formés à l’école coloniale, ces représentants d’une Afrique qui traverse une époque secouée par le terrorisme et ses vagues ininterrompues d’insécurité, n’ont pas réussi à se convaincre qu’ils ont des responsabilités exigeantes et nobles à l’égard de leurs peuples respectifs. Le Bénin a attendu les attentats de Paris pour décréter une journée de deuil national en pensant aux victimes du terrorisme en France, en Afrique de l’Ouest et dans le monde. Libre au président Boni de s’exprimer dans la liberté et les prérogatives qui sont les siennes. Mais ce geste, digne d’un Capharnaüm communicationnel, cache sobrement une mentalité de colonisé.

Les attentats du Kenya où plus d’une centaine d’étudiants ont été froidement abattus, les attentats-suicides quasi quotidiens de l’hydre Boko Haram, les attaques contre les populations égorgées, éventrées et réduites à rien ne font pas l’objet de complainte encore moins de tristesse manifestée. La compassion et l’indignation de ces affidés africains à Paris ou vis-vis d’elle sont honteusement inaudibles. Les citoyens français les voient défiler et les oublient aussitôt. Ils n’en ont cure. Cette attitude sélective devant l’horreur et la mort chez certains chefs d’Afrique francophone témoignerait-il d’un profond malaise, d’une perte d’estime de soi et d’une infantilisation évidente ? Ces silences assourdissants révèleraient aussi, devant la face du monde et le concert des nations, la capitulation des Africains devant le mal. Avec cette manière de se manifester, l’afro-pessimisme aura de beaux jours devant lui. Ce yayi-bonisme ou le fait d’aller pleurer les morts des autres en occultant les siens, alimente sûrement ce double préjugé de l’Afrique émotive et subordonnée. On peut se passer de telles incongruités tout en respectant la vie, celle des autres et celle des nôtres à la fois.

Un devoir de rectification du comportement présidentiel s’impose donc en Afrique. Car, qu’on le veuille ou pas, il existe une vérité dans l’agir communicationnel : la forme de communication se substitue au message. Il faut que s’arrête ce ridicule sur lequel aucun Africain d’aujourd’hui ne souhaite s’aligner.