Afrique – Présidentielle Gabonaise: Pour l’éditorialiste de Rfi, Jean-Baptiste Placca, la Cour Constitutionnelle a manqué de courage

Le journaliste dénonce «un jeu d’annulations et de soustractions peu convaincant» qui aurait favorisé Ali Bongo Ondimba.

Le verdict définitif de l’élection présidentielle gabonaise ne plaît pas au journaliste Jean-Baptiste Placca. L’éditorialiste de Rfi (Radio France Internationale) a fait connaître sa déception à l’antenne ce samedi 24 septembre 2016. Selon lui, la Cour Constitutionnelle du Gabon a manqué de courage.  Il dénonce l’attitude  des juges pointant du doigt ceux qui constitueraient une menace pour leurs proches  avant d’entamer la lecture des résultats.

«Pour faire l’histoire, il faut des hommes et des femmes de courage capables ne serait-ce qu’un instant dans leur vie, de  faire preuve d’une hardiesse héroïque. Ce n’est pas exactement ce qui s’est produit cette nuit à Libreville. Le courage était si peu présent que les membres de la Cour Constitutionnelle avant même de rendre leur arrêt se sont fendus d’un message, d’une communication à l’endroit  des Gabonais pour leur dire qu’ils avaient repéré ceux qui parmi eux voudraient tellement s’en prendre à eux ou à leurs familles. C’est inhabituel de voir des juges menacer à mots à peine couverts ceux qui voudraient réagir négativement par rapport aux décisions qu’ils s’apprêtent à rendre. Le courage du magistrat convaincu d’être juste dans sa décision est de rendre ses jugements sans, préalablement, se prémunir contre d’hypothétiques représailles des justiciables», fait valoir le journaliste d’origine togolaise.

L’ancien étudiant de ce qui est devenu l’École Supérieure des Sciences et Techniques de l’Information et de la Communication (ESSTIC) est encore plus remonté lorsqu’il  parle du travail de la Cour Constitutionnelle gabonaise. Il dit que les réajustements  qu’elle a effectués posent problème. Selon lui, l’ensemble des votes aurait dû être revu dans le détail. «Le cas du Haut-Ogoué semblait  trop embarrassant. Alors, cela a été réglé avec une gymnastique qui a semblé sauver les apparences. Le candidat Ali Bongo n’avait introduit aucun recours. Mais, en réponse à ceux de Jean Ping, il a glissé quelques contestations sur des bureaux de vote à Libreville et à Port-Gentil. Et c’est de ces cas que la Cour Constitutionnelle s’est saisie pour, par un jeu d’annulations et de soustractions peu convaincant, arriver comme par miracle au chiffre qu’il faut pour entériner la réélection d’Ali Bongo. On est mal à l’aise, très mal à l’aise», conclut-il dans son éditorial de la semaine.