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Actualités societe : Machine à broyer

Mais la machine à broyer était lancée et, le 13 juin dernier, Mohammed Iya est arrêté et accusé de détournement de fonds, avant d’être mis en détention provisoire à la prison centrale de Yaoundé. Au moment même où des associations locales de producteurs lui adressaient des lettres de soutien, les dirigeants de Geocoton, le deuxième plus gros actionnaire de l’entreprise, refusaient de se constituer partie civile dans ce qui apparaît clairement comme une cabale.

Bien avant, c’est le secrétariat d’Etat à la Défense (Sed) en charge de la gendarmerie qui concluait à une distraction de fonds de l’ordre de Mohammed Iya. La procédure y relative est actuellement pendante devant le Tribunal criminel spécial (Tcs). Elle intervenait après d’autres graves accusations de crimes économiques, portées par le Contrôle supérieur de l’Etat (Consupe) qui, en mars 2013, avait publié un rapport d’audit portant sur la période 2005-2010. Ses fameux limiers n’étaient pas allés aussi loin que la Conac, se contentant de dénoncer des détournements de l’ordre de 9 milliards de francs.

Entre le Sed, le Consupe et la Conac, cela fait trois rapports aux écarts comptables plus que dissonants, sur une même société et sur un même gestionnaire. En attendant que la vérité éclate au grand jour, et sans vouloir passer pour des avocats d’un homme qui tout seul peut organiser sa défense, le rapport 2012 de la Conac sur la Sodecoton met à nu les méthodes de travail d’un organisme dont le premier critère de crédibilité doit être le sérieux et la qualité de ses investigations. Le cas Mohammed Iya démontre clairement qu’on est loin du compte. A qui profite le crime ?

Ecran de fumée.

La Conac a, dans son fameux rapport, retrouvé des «sociétés écran» à la Sodecoton : Dagris, Copalo et Socea. La réalité est moins prolixe, puisque les entités ainsi jetées en pâture ne sont que des entreprises de négoce et des intermédiaires dans le domaine. Bien plus, toutes les pays francophones du secteur coton traitent avec celles-ci, mieux outillées pour conseiller leurs clients sur le comportement d’un marché d’or blanc essentiellement fluctuant, de manière à leur éviter les mauvaises surprises d’un marché international perturbé.

Dans le même ordre d’idées, et sous M. Iya, la Sodecoton a mis en place un fonds de stabilisation destiné à garantir de meilleurs prix aux producteurs, et donc à les mettre à l’abri des aléas du marché. Ce fonds s’élève à quelque 13 milliards de francs, et sa gestion se fait en conformité avec les prescriptions des actionnaires dont l’Etat du Cameroun est le premier.

Cette même entreprise, en ces temps de marasme économique généralisé, n’a jamais bénéficié des subventions publiques. Ce qui ne l’a pas empêché, entre 1984 et 2013, de passer de 6 à 13 usines implantées dans le septentrion. Il est urgent, face à l’avalanche de dérapages, devant la divergence abyssale des rapports successifs, que les cabinets indépendants d’expertise requis par le juge d’instruction rendent leur copie, tout en espérant que leur travail ne sera point influencé par le torrent d’inepties dont le rapport de la Conac constitue le point culminant. Il restera alors au président Paul Biya Biya de tirer toutes les conséquences de la mascarade.

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