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Accord de Partenariat RATIFICATION Economique : L’esbroufe du Ministre de la communication

Accord de Partenariat RATIFICATION Economique : L’esbroufe du Ministre de la communication

I- Un argumentaire fallacieux

ETAIT-CE NÉCESSAIRE cette communication gouvernementale faite mercredi 16 juillet 2014 par le Ministre de la Communication (Mincom) Issa Tchiroma Bakary qu’accompagnait le Ministre de l’Economie, du Plan et de l’Aménagement du Territoire (minepat), Emmanuel Nganou Djoumessi. Sa sortie face à la presse a donné l’impression de justifier comme à son habitude ce qui ne peut être justifié. Mieux de trouver des raisons fallacieuses sans véritablement répondre aux préoccupations des Camerounais et des nombreuses interrogations soulevées depuis l’entame de ces négociations par la société civile.

Au bout du compte, tout son argumentaire est retombé comme une peau de chagrin. Ne faisant aucune allusion sur les questions fondamentales, ayant trait :

  • au  mode d’adoption ;
  • aux avantages concrets des pays africains notamment sur la mobilité des Africains vers les pays de l’Union Européenne ;
  • sur la protection de l’environnement,
  • et sur le développement durable.

Puisque sa rengaine a été sur le supposé impact direct et positif qu’il pourra avoir sur le commerce extérieur, la compétitivité de son économie et la sérénité de ses finances publiques. Pour poursuivre son argumentaire, le Mincom s’est contenté de donner des chiffres pour démontrer que le Cameroun a une économique dynamique et performante qui l’oblige d’aller à «la recherche des débouchés pour notre production intérieure vers les marchés extérieurs, et d’autre part, celle de la compétitivité de notre tissu économique. »

C’est à voir ! Et de préciser que cette ratification de l’Ape définitif que l’Union Européenne a mis le dead line le 1er octobre 2014 : «doit être perçue comme une approche stratégique traduisant l’ambition de notre pays, de conquérir des parts de marché sur la scène internationale, et surtout, de tirer profit de la diversification de son économie, pour la moderniser et exploiter à son maximum l’accès préférentiel de ses produits d’exportation sur le marché européen.» En contrepartie, il affirme qu’«au terme de cet Accord, le Cameroun accepte d’ouvrir son marché intérieur, à concurrence de 80% des importations en provenance de l’Union Européenne.»

Un gros danger lorsqu’on sait que qualitativement et quantitativement la production des pays africains ne peut pas faire concurrence avec celle de l’UE. Il est un secret de polichinelle de dire que les industries moins avancées d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique ne seront pas capables de rivaliser avec l’Europe, surtout que d’ici là de nouvelles industries ne pourront pas se développer. Conséquence, ceci mettra les économies de ces pays à rude épreuve. Ainsi, l’emploi et  l’avenir de millions de pauvres seront mis en danger.

C’est pourquoi, de manière péremptoire, l’Economiste français, Jean Gadrey soutient que «Ces accords de partenariat économique n’ont rien de partenariaux, rien d’équilibré. Il faudrait les rebaptiser «accords de profitabilité étendue» pour les lobbies d’affaires qui oeuvrent à la fois en coulisse et à visage découvert. » Car, «Ils signeraient la fin des stratégies, que certains pays ont commencé à adopter, à l’instar des  protections douanières efficaces, de l’agriculture vivrière locale, des activités de transformation locale et de non d’exportation brute. A cela s’ajoute, les énergies renouvelables de proximité issues de productions régionales, la petite industrie, la construction et le bâtiment.»

II- Les Camerounais n’ont pas été consultés

SUR CETTE importante inquiétude, le gouvernement camerounais qui vantait le dynamisme de l’économie camerounaise, parle d’un accompagnement à la mise en oeuvre de cet Accord, qui s’adosse sur le Programme d’amélioration de la compétitivité de l’économie, d’un montant de 10 millions d’euros (environ 6,5 milliards de francs Cfa). En rappelant toute honte bue qu’au moment où le Cameroun est en train de ratifier la phase pilote de ce Programme a déjà permis de mettre à niveau quinze (15) entreprises dans divers domaines, tels que la sidérurgie, la métallurgie, le textile, l’agroalimentaire, le tourisme, le BTP, l’électronique, la  mécanique, le cuir et la chaussure.

Au regard des entreprises recensées dans secteur formel à travers le fichier de la Direction générale des impôts (Dgi) et des mouvements patronaux, on constate le retard du Cameroun et partant des pays africains, et on imagine que pour atteindre les 70% des entreprises il faudra à ce rythme attendre une cinquantaine d’années. Pis encore, lorsqu’on sait que l’économie camerounaise et africaine en générale est dominée par le secteur informel, il ne fait pas de doute que l’appel de l’économiste français Jean Gardey, invitant les Africains à s’opposer à cette ratification vaut tout son pesant d’or. Surtout lorsqu’il révèle que les 6,5 milliards sont alloués pas à chaque pays, mais par sous-région.

Plus grave encore, c’est le mode de leur adoption. Les négociations ne sont pas transparentes, les pays africains ne sont pas libres dans leur décision, et les citoyens des différents pays ne sont pas consultés. Pourtant, lorsqu’on se réfère au projet de Traité Transatlantique (ou Tafta) qui est aussi un Ape entre les Usa et les Etats membres de l’Union Européenne, on observe que ces préoccupations sont centrales. A l’instar de la France où au parlement les membres du gouvernement sont interpellés. C’est le cas de Mme Fleur Pellerin, Secrétaire d’État chargée du Commerce Extérieur, de la Promotion du Tourisme et des Français de l’étranger. Et de répondre : « Les enjeux de la négociation du partenariat commercial transatlantique sont importants. La nécessité de la transparence et de la communication sur la négociation de cet accord est avérée.

D’ores et déjà, la France a lancé une consultation publique pour que tous les acteurs français concernés, en particulier les entreprises et les fédérations professionnelles, puissent faire part de leur opinion et de leurs attentes. Un groupe d’experts est réuni régulièrement pour faire le point sur l’avancement des négociations. » Etait-ce le cas au Cameroun ? Aucunement. Pas de consultation des camerounais.

Sauf des actions arbitraires où sont présentés les avantages fallacieux. «Les risques inhérents à l’application de l’Accord de Partenariat Économique avec l’Union Européenne, sont donc parfaitement connus et absolument maîtrisés.» Et les conséquences : «Il est à noter qu’au titre du Règlement 1528/2007 adopté par le Parlement et le Conseil Européens, les pays qui n’auront pas ratifié d’Accords d’Étape, seront automatiquement reversés dans le système de préférences généralisées.» Pourtant, dans les pays de l’Union Européenne et en France on y veille. Mme le Secrétaire d’État chargée du Commerce Extérieur, de la Promotion du Tourisme et des Français de l’étranger, a également demandé la déclassification du mandat de négociations octroyé par les États membres de la Commission, afin de renforcer la transparence des négociations.

Et de préciser que la France a rappelé que le partenariat commercial transatlantique devra sauvegarder les préférences collectives des citoyens européens, et notamment la protection de ses consommateurs, ainsi que les normes prévalant dans les domaines de la santé, du travail et de l’environnement.

III- L’économie du Cameroun est hypothéquée

De manière plus concrète, Mme Fleur Pellerin rassurera qu’«en ce qui concerne l’agriculture, le gouvernement est très attentif à protéger nos produits agricoles sensibles, y compris ceux en provenance des départements et territoires d’outremer. C’est le cas dans tous les accords commerciaux conclus sur le continent américain. Cette vigilance a pu se traduire par l’introduction de mécanismes particuliers. » Ce que n’a pas fait le gouvernement camerounais. Or, elle va préciser de manière plus pratique qu’à l’instar de l’Accord de partenariat économique (Ape) conclu en décembre 2007 entre l’Union européenne et les États du Cariforum et appliqué à titre provisoire depuis décembre 2008 ; il contient des mesures destinées à protéger les secteurs jugés sensibles de la banane, du sucre et du riz.

Pour ces deux secteurs, il est prévu qu’un mécanisme de sauvegarde soit automatiquement enclenché en cas d’une perturbation du marché européen (y compris de celui des départements d’outre-mer) résultant d’une augmentation subite et massive des importations de sucre en provenance des pays du Cariforum. De manière générale, explique-t-elle «un niveau de vigilance très élevé sera maintenu par la France pour la défense de l’ensemble de ses intérêts agricoles dans le cadre des négociations commerciales en cours dans la région.»

C’est pourquoi Jean Gardey fait remarquer que les exigences illégitimes et dangereuses de l’Union européenne doivent être rejetées. Certaines questions techniques doivent faire l’objet d’une renégociation sérieuse car les concessions de l’Afrique subsaharienne sont inappropriées et pourraient avoir des conséquences dramatiques sur l’économie des pays dans le futur. Parmi ces questions, les plus préoccupantes sont : l’offre d’accès au marché, la Clause de la Nation la Plus Favorisée (Npf), les taxes de l’exportation, les clauses de rendez-vous et le Paped (partenariat économique pour le développement).

Et Eugène Nyambal, qui est de la diaspora intellectuelle a même dans une lettre ouverte au président Paul Biya préciser que : «L’Ape risque en effet d’hypothéquer l’avenir de plusieurs générations de  Camerounais et d’anéantir tout effort visant à faire du Cameroun une société de stabilité et de prospérité.» c’est pourquoi, il a interpellé le Président de la République, Paul Biya en lui proposant d’organiser une consultation populaire par voie référendaire sur l’opportunité ou non d’une ratification de ce «Traité Inégal».

Le cas échéant, les représentants du peuple devront prendre leurs responsabilités face à l’Histoire, à leurs familles et aux citoyens camerounais. Voie qu’il a choisie en déposant à travers le Minepat le projet de loi portant ratification de l’Ape définitif aux environs de 22 heures, au moment où les Camerounais sont plongés dans le visionnage de la première demi-finale qui opposait, le Brésil à l’Allemagne. Match qui va envoyer tôt au lit la majorité des Camerounais dégoûtés  par cette humiliante défaite des Auriverdes devant la Mannschaft 1-7, pour déposer à l’assemblée Nationale le projet de loi portant ratification de l’Ape définitif à travers le Minepat.

Mode opératoire que l’Association Citoyenne pour la Défense des Intérêts Collectifs (Acdic) assimile «à un complot contre les intérêts du peuple camerounais». Preuve qu’en dépit de l’opposition de la société civile, le régime au pouvoir, pour des raisons inavouées, a décidé de ratifier cet Ape définitif synonyme de conduire allégrement le Cameroun à l’abattoir économique tout en se passant pour un traitre dans la sous-région Afrique centrale.
Mathieu Nathanaël Njog

 

 

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