Abdouraman Hamadou Babba : « J’utiliserai toutes les voies de droit possibles pour invalider ce processus »

Dans une interview accordée au quotidien « Mutations », le président d’Etoile filante de Garoua continue de décrier le processus électoral en cours à la Fécafoot et continue d’estimer que Tombi à Roko est un imposteur au poste de président de cette instance car « imposé par la Fifa et le Comité de normalisation ».

 

Comment avez-vous accueilli la décision de la Cca qui annule les textes ayant conduit le processus électoral qui a vu Tombi à Roko être élu président de la Fecafoot la semaine dernière ?

J’ai accueilli cette sentence avec beaucoup de soulagement. Tous les acteurs de notre football savaient que ces statuts ont violé la loi au niveau de l’article 23 qui concerne justement le collège électoral fédéral. Le fait que la plus haute juridiction de notre pays en matière de sport le dise nous conforte dans l’idée que le Comité de Normalisation n’a pas fait son travail de manière désintéressée.

Le président du Cnosc a dit que cette décision de la Cca n’annulait pas l’élection. Quel commentaire faites-vous de ces propos?
C’est exact. Notre requête déposée le 25 août 2015 visait uniquement l’annulation des statuts élaborés par le Comité de Normalisation et adoptés le 05 août 2015, dans la mesure où le processus électoral n’avait pas encore démarré à cette date là. Une fois l’annulation prononcée le 1er octobre 2015 et conformément à l’article 33 du code de la CCA qui dit que la sentence est exécutoire dès son prononcé, j’ai dès le lendemain introduit une nouvelle requête visant cette fois l’annulation de l’ensemble du processus électoral conduit sur la base de ces statuts jugés illégaux et annulés.

Si la Cca ne venait pas à annuler, une nouvelle fois cette élection, tel que vous le souhaitez, à quoi peut-on s’attendre de votre part dans les prochains jours ?
Je saisirai immédiatement le Tribunal Arbitral du Sport à Lausanne en Suisse en procédure d’appel. Pour moi, la CCA n’est qu’une escale sur la route qui mène au TAS.

D’aucuns estiment qu’un recours au niveau du Tas serait une peine perdue étant donné que Essomba Eyenga, le principal manœuvrier au niveau de cette juridiction internationale, ne fait plus partie de votre camp. Est-votre sentiment ?
Si vous saviez réellement ce que représente le TAS dans l’environnement international du sport, vous n’auriez accordé aucun crédit à ce genre de déclaration.

Pour quelle raison avez vous refusé d’adhérer au « consensus » alors qu’au moment beaucoup de vos anciens partisans (E. Eyenga, D. Mayébi, etc) ont consenti à franchir le cap ?
Mon intime conviction est que ce consensus n’a pas pris en compte les intérêts vitaux de notre football. Il a uniquement pris en compte des préoccupations individuelles. Mon engagement pour notre football est sincère et vise prioritairement à restructurer profondément notre football. C’est un idéal qui se situe largement au-dessus de mes intérêts personnels.

Est-ce que vous ne vous sentez pas trahi par vos anciens partenaires ?
Pas du tout. Chacun est libre de ses choix. Je comprends et j’accepte le leur et j’espère qu’il ont compris et accepté le choix qui est le mien de ne pas m’engager dans ce consensus et de continuer la quête de cet idéal.

Dans quelles conditions accepteriez-vous d’abandonner cette éternelle fronde contre les dirigeants de la Fecafoot ?
Je m’arrêterai le jour où les acteurs du football camerounais auront le droit et la liberté de designer leurs dirigeants en toute transparence. C’est une condition indispensable au développement et au rayonnement de notre football. Depuis des décennies, nous sommes dans un système où c’est le président qui choisit ses électeurs alors que ça devrait être l’inverse. L’une des conséquences majeures de cette situation est qu’on retrouve au sein des instances de la Fédération une très grande majorité de personnes qui n’ont aucun intérêt direct dans le football et qui se satisfont des petits avantages sans se préoccuper de la bonne marche de ce football.

Dans son discours postélectoral, Tombi à Roko, le nouveau président de la Fecafoot a tendu la perche « à tous les acteurs qui n’ont pas pu être dans le bureau exécutif ». En tant que acteur du football, président de club, accepteriez-vous de collaborer avec lui si demain il vous appelle?
Si M. Tombi sort victorieux d’un processus électoral légal, juste et équitable, pourquoi pas ? Dans ce cas, il serait le choix de la majorité des acteurs, ce qui n’est malheureusement pas le cas actuellement. Il a été imposé à la tête de notre fédération par la FIFA et le comité de normalisation juste pour préserver un certain nombre d’intérêts inavouables. Parce que pour moi, il est illégitime, j’utiliserai toutes les voies de droit possibles pour invalider ce processus afin de donner une chance à notre football.

Vous souhaiteriez que les lois de la République soient, pour ainsi dire, respectées. Le fait que les nouveaux dirigeants de la Fecafoot ait reçu les félicitations du Chef du gouvernement Yang Philemon n’est-il pas une preuve de ce que l’Etat a décidé de mettre un terme à ce conflit qui n’a que trop duré ?
Cette lettre est arrivée avant l’annulation des statuts de la FECAFOOT qui ont été jugés contraires à notre législation en la matière. Je suis certain que cette lettre de félicitations n’aurait jamais été envoyée si la sentence de la CCA avait été prononcée avant. Le Gouvernement de la République est garant du respect de la légalité et je ne vois pas son chef cautionner la violation d’une loi adoptée à l’Assemblée Nationale et promulguée par le Chef de l’Etat.

Auquel cas, ceux qui pensent que vous roulez désormais contre les intérêts de l’Etat dont vous prétendez pourtant défendre les lois n’auraient-ils pas raison sur ce point précis ?
Je pense qu’il ne faut pas confondre les intérêts de l’Etat avec des intérêts de certains individus fussent-ils de hauts commis de l’Etat. L’intérêt d’un État de droit réside principalement dans le respect de ses institutions. Si au nom d’un intérêt quelconque, chacun se permettait de violer la loi, ce serait le chaos. Seul le Président de la République est juge d’une telle opportunité, dans des circonstances bien précisées par notre Constitution.

Que répondez-vous à ceux estiment que votre combat vise en réalité un seul but : obtenir le poste de SG de la Fédération ?
Si ce n’était que ça, j’aurais obtenu ce poste depuis très longtemps avec beaucoup d’autres choses… Mais, je répète une énième fois que ma conscience ne s’achète pas.

Sinon pourquoi refusez-vous de jeter les armes pour travailler main dans la main avec le nouvel exécutif de la Fecafoot ?
Soyons clairs, je n’ai jamais été contre l’idée d’un consensus qui prendrait en compte les intérêts de notre football. Et puis, un consensus peut bien se faire dans le respect de la légalité. Je dirai même que c’est l’une des conditions indispensables pour obtenir un consensus solide et viable.

Quelques minutes après l’annonce de la décision de la Cca, J.A. Bell s’est réjoui en publiant sur son mur facebook « tout ce qui s’est fait à partir de ces textes est annulé. Retour à la case départ. Gardons espoir ! ». Peut-on y voir une nouvelle alliance entre lui et vous dans les prochains jours ?
J’ai toujours été en contact avec Bell Joseph Antoine et nous partageons beaucoup de convictions en ce qui concerne l’avenir de notre football.

Si l’élection devait être reprise depuis la base, seriez-vous candidat ?
Si c’est dans le cadre d’un processus juste et équitable, pourquoi pas ? Mais je vous rassure tout de suite que je ne suis pas habité par cette obsession maladive de devenir Président de la FECAFOOT à tous les prix.