Cameroun : Décès d’Anne Marie Nzié , L’hommage du monde artistique

Sa disparition le 24 mai dernier continue de susciter autant d’émoi. Légende, icône, monument…

Les superlatifs pleuvent pour Anne Marie Nzié, qui le mérite, sans l’ombre d’un doute. Une carrière énorme de plus de 60 ans, et des tubes en veux-tu en voilà. La maman nationale s’est révélée au monde par sa voix admirée de tous, même des plus grands de l’époque. La voix d’or, que dis-je, de diamant – n’est-ce pas Manu ? – dans toute sa splendeur, a bercé la jeunesse de nombre de Camerounais cinquantenaires ou sexagénaires aujourd’hui. Les hommages ne cessent de s’enchaîner, dans ce monde artistique où sa voix et son aura, manqueront tellement. Elle n’était pas que la voix des artistes. Ses fans, eux aussi, d’une génération à une autre, veulent eux aussi se servir de la tribune de  237online.com pour faire leur au revoir à Anne Marie Nzié.

Manu Dibango, musicien: «Elle était plus qu’une icône »
« C’est la maman de tous les Camerounais et

de toutes les Camerounaises. C’était le témoin de notre temps. Elle a accompagné plein de générations par sa voix. C’est plus qu’une icône, c’est une maman. Nous ommes désolés, nous pensons à sa famille évidemment, tout en pensant au Cameroun qui ne sera plus pareil sans Anne Marie Nzié. Je dirais même plus : ce n’est pas la voix d’or, c’est la voix de diamant. Elle était unique en fait. Elle a survécu à plein de choses en gardant sa voix jusqu’à la fin. Nous avons encore fait des choses il y a quelques années. C’était la gardienne du temple de nos existences communes. La voix du peuple camerounais au féminin. Rappelez-vous les fleurs musicales du Cameroun ! Elle y avait trois disques, et nous avions collaboré. Je me trouve orphelin de mon côté, car nous étions les deux plus anciens de la musique camerounaise. Ce n’est pas un adieu, c’est un au revoir. Qu’elle sache que son peuple l’a adorée jusqu’à la fin. Elle n’est pas partie. Sa voix va accompagner des générations et des générations ».

Tala André Marie, artiste-musicien: « Elle m’appelait “mbombo” »
« C’est une triste nouvelle. Je l’ai apprise par hasard hier (Ndlr : mercredi) à Paris, dans un bus. Une dame qui m’a reconnu m’a approché et me l’a annoncée. J’étais au Cameroun quand il y a eu cette rumeur selon laquelle elle était morte, mais ensuite, les journalistes se sont rendus à l’hôpital pour constater que ce n’était pas vrai. Elle a représenté valablement la musique camerounaise. Elle m’appelait “mbombo”. Je garde d’elle l’image d’une maman. Le Cameroun a perdu une pièce-maîtresse de sa musique, de sa culture. Nous n’avons jamais collaboré sur des albums, mais nous nous sommes rencontrés plusieurs fois dans divers événements organisés à Bafoussam, Douala ou Yaoundé. Elle a rempli dignement et efficacement sa mission ».

Ottou Marcellin, artiste-musicien: « Elle avait le sens de l’éthique »
« C’est une icône qui a choisi de mener sa carrière au Cameroun. Elle a aimé son pays, et le pays lui a bien rendu cet amour. Il faut remercier le bon Dieu, mais aussi ses parents pour l’éducation qu’ils lui ont donnée, car grâce à eux, elle avait le sens de l’éthique. Ce n’est pas un discours politique, mais j’aimerais aussi remercier le chef de l’Etat, qui l’a soutenu, comme il le fait pour ces artistes qui décident de vivre leur carrière au Cameroun. Nous voulons tous être des Anne Marie Nzié. Beaucoup ne le savent pas, mais elle avait un très haut niveau technique. Elle jouait de la guitare hawaïenne, et adaptait les accords de cet instrument complexe à sa voix. C’est très difficile à faire, mais elle était très rigoureuse au travail ».

Ama Pierrot, artiste-musicien: « C’était une grande dame de la chanson »
« Je suis un bon bantou, et chez nous, quand une personne décède à cet âge-là, c’est une fierté, une bénédiction. Nous devons dire merci à Dieu de lui avoir accordé autant d’années. Je ne peux pas, malgré tout, cacher ma tristesse et mon amertume après la disparition de maman Anne Marie Nzié. Elle nous laisse la technique vocale, mais aussi une manière particulière de composer les textes, et cette envie de défendre sa patrie, le Cameroun. C’était une grande dame de la chanson. Elle mérite des obsèques dignes de ce nom, que ce soit de la part de nous les artistes ou du gouvernement. Elles devront être fabuleuses ! »