Cameroun: Pièces et petites coupures de billets de banque introuvables à Bafoussam

Sans être une journée spéciale, le samedi est un jour de grande affluence au principal marché de Bafoussam, le marché A.

Les clients sont plus nombreux, les transactions importantes. Apparemment, chacun trouve son compte. Mais depuis peu, les échanges se compliquent, en raison de la rareté de la monnaie. Le 21 mai 2016, à 16h25, un chef d’établissement scolaire se pointe dans une librairie papeterie, à l’intérieur du marché. 237online.com Pour payer un paquet de livrets scolaires, il débourse 10.000F. Plutôt que de se réjouir de cette affaire de dernière minute, dans laquelle il gagne au moins 1000F, selon ses propres dires, le commerçant est mécontent. Il doit rembourser. « La monnaie dans ce marché, c’est un problème ! », lance-t-il, à la surprise de son client. « Puis-je trouver la monnaie de 10.000 chez toi ? », interpelle-t-il en suppliant respectivement un, puis deux, et enfin trois voisins. « J’ai le même problème. Je dois rembourser 1.500F à cette cliente mais il n’y a pas », dit l’un d’eux.

Le commerçant s’excuse et va à la recherche de la monnaie. 20mn après, il n’est pas rentré. Ses voisins, compatissants pour le pauvre enseignant, décident de collecter l’argent de leurs caisses pour le rembourser, en attendant le retour de leur concurrent. Le premier hésite, l’autre fouille sa caisse et sort deux billets de 500F, le troisième des pièces pour 375F. La somme ne suffit pas. Puis arrive le libraire, essoufflé. « Il m’a fallu aller loin », lance-t-il en guise d’excuse, en jurant de ne plus s’amuser avec les quelques pièces qu’il a obtenues à la station-service.

Superstition
Là aussi, les pompistes refusent de faire la monnaie, lorsqu’ils ne vous connaissent pas. Plus loin, au vaste rayon de la friperie, la monnaie est autant rare. Ici pourtant, le prix des marchandises oblige qu’on fonctionne avec des pièces. Certains vêtements coûtent 50F la pièce. En observant attentivement, on constate que celui qui en collecte ne rembourse que ses propres clients. Pas question d’aider les voisins. « Vraiment, les pièces de monnaie sont devenues très rares. Nous avons appris qu’avec la guerre contre Boko Haram et les exactions qui s’en suivent, nos frères du Nord ont changé leur argent en pièces pour les conserver dans des fûts. Comme cela, personne ne peut le prendre de force », rapporte Armel Tchana, un commerçant. Certains pointent un doigt sur les bijoutiers, qui utiliseraient les pièces pour leur art. D’autres accusent la Banque centrale (Beac) d’avoir cessé d’approvisionner les banques commerciales en pièces. Cependant, en discutant avec tout ce monde, on constate qu’ils sont superstitieux. Dans ce marché, 80% de commerçants croient qu’il est possible d’utiliser de « l’argent travaillé » pour dérober la recette de quelqu’un. « Si on te donne un mauvais billet et tu le mélanges avec ta recette, ton argent va partir. Il faut faire attention », justifie Paul T., vendeur de médicaments de contrebande. On apprend qu’après les souris sorcières et les chats téléguidés, l’heure est aux pièces et billets compliqués.