7 745 personnes désertent Afadé et Blamé

Elles fuient les attaques de la secte et d’autres pressions diverses.

Dans l’arrondissement de Makary, c’est à un long exode vers l’intérieur du pays que se livrent les populations des villages d’Afadé et de Blamé, frontaliers du Nigeria. En une semaine, ce ne sont pas moins de trois incursions meurtrières qui ont été enregistrées et de nombreuses maisons incendiées. Les attaques de Boko Haram ne justifient pas à elles seules, cette migration. «Après la dernière attaque à Afadé, le 15 août 2015, certains militaires se sont étonnés de ce qu’il n’y ait pas eu de morts parmi les populations et ont commencé à nous soupçonner d’être de mèche avec ces terroristes. Ils ont dit que la prochaine fois, ils sauront quoi faire. Nous avons préféré partir. Pourtant, comme tout le monde, nous payons un lourd tribut à ces barbares. Nous avons déjà enterré plusieurs de nos fils tombés sous leurs balles, que ce soit à Fotokol, à Sigal ou à Boulfo», explique Mahamat, désormais installé à Kousseri.

Un témoignage corroboré par de nombreux ressortissants d’Afadé, mais battu en brèche par l’armée. «C’est un secteur où l’activité de Boko Haram est en nette augmentation. Nous avons appelé la population à plus de vigilance parce qu’il est clair que la secte est bien infiltrée dans cette bourgade. Jamais, il n’a été question de menacer les populations dont notre mission est de leur apporter la sécurité. Si nous ne sommes pas en bons termes avec nos frères et soeurs, comment allons-nous remporter cette bataille ?», explique un officier sur zone. N’empêche que le départ des populations d’Afadé a entraîné celles du village Blamé, distant de 12,5 km.

Informée de la situation, l’autorité administrative a immédiatement réagi. Le 19 août 2015, le sous-préfet de Makary s’est rendu à Afadé pour dissuader les derniers habitants de partir, et exhorter ceux qui l’étaient déjà, à rentrer chez eux. Mais ce n’est pas sûr qu’il ait été entendu, car pour beaucoup, les préalables au retrour ne sont pas réunis. «Notre problème, c’est notre chef du village, Meali Guemé. Nous l’avons dénoncé à plusieurs reprises comme étant un des complices de Boko Haram dans le secteur, mais aucune enquête n’a jamais été ouverte à son encontre. Son ex-chauffeur, Gréga Abanchimé, est aujourd’hui un des gros bonnets de la secte. Nous avons informé les autorités locales qu’il héberge chez lui une dame, Ngalié, dont le mari est un responsable de Boko Haram du nom de Emir Ali. Là encore, pas la moindre vérification. Nous ne pouvons pas payer les errements d’une seule  personne. Tant que les autorités n’ouvrent pas une enquête, nous ne rentrerons pas», clame Abakar, habitant d’Afadé, refugié à Kousseri.

Ces informations, connues de tous à Afadé, sont confirmées par des organisations de défense des droits de l’Homme installées dans le Logone et Chari. «Nous avons eu connaissance de ces informations et avons saisi les autorités du département, mais rien n’a été fait. Je peux vous dire que les autorités locales connaissent tous ceux qui sont liés à Boko Haram, mais elles préfèrent les protéger et accuser la population», explique Alhadji Mey Ali, responsable de OF-Civile «Droits de l’homme».

Pour la majorité des populations d’Afadé, peuplé environ 18.000 âmes, le chef du village est l’auteur principal du drame qui se noue actuellement. «Il dénonce comme suspects, tous ceux qui l’indexent de collusion avec la secte. C’est une stratégie pour faire taire les gens parce qu’il est très introduit et a toujours gain de cause. Le 12 août dernier, il a fait arrêter par la gendarmerie six personnes dont deux infirmiers, Abamé Madam Alifa et Guémé Ali. Les infirmiers étaient accusés de soigner les membres de Boko Haram. Sur les six, quatre suspects ont été libérés après avoir payé, chacun, la somme de 100.000 Fcfa. Les deux infirmiers, faute d’argent, ont été déférés. Comment voulezvous que la confiance règne quand des choses pareilles sont tolérées ?», poursuit Alhadji Mey Ali.

Balivernes, réagissent les proches du chef d’Afadé qui point un doigt accusateur sur son demifrère, Ali Guémé, et ses cousins. «Ils en veulent à son trône», clament- ils. En attendant, ce sont pas moins de 7 745 personnes qui ont, de sources officelles, déserté Afadé et Blamé, augmentant sensiblement le nombre de déplacés intérieurs causé par la guerre contre Boko Haram.