Brésil: le Sénat a destitué la présidente Dilma Rousseff

Sans surprise, le Sénat brésilien a destitué la présidente de la république brésilienne pour 180 jours. C’est son vice-président et ancien allié, Michel Temer, qui la remplace à la tête de l’Etat et va former un nouveau gouvernement.

 
C’est fini pour Dilma Rousseff: le Sénat s’est prononcé à une large majorité pour la destitution de la présidente brésilienne. A 5 heures du matin, heure française, alors que le vote n’était pas terminé, 43 sénateurs s’étaient prononcés en faveur de la destitution, soit deux de plus que la majortié simple requise de 41. Michel Temer, le vice-président a déjà formé son gouvernement pour remplacer la représentante du Parti des travailleurs. Certes, officiellement, elle n’est écartée du pouvoir que pour 180 jours et le Sénat doit se réunir sous la présidence du président du tribunal suprême pour voter avec une majorité des 2/3 sa destitution définitive, mais la suite du scénario ne devrait pas réserver de surprise.

Maquillage des comptes de la Nation

La présidente Dilma Rousseff est accusée d’avoir maquillé les comptes de la nation pour se faire réélire. Dans une curieuse défense, la présidente explique que tous ses prédécesseurs ont fait la même chose. Concrètement, les entreprises publiques ont été sollicitées pour faire des prêts à l’Etat brésilien afin de minimiser les déficits publics.

La présidente a tout tenté jusqu’au dernier moment pour se maintenir au pouvoir. Elle a réussi à convaincre le président du parlement par interim, Walder Maranhao, d’annuler la session qui avait décidé le 17 avril à une très large majorité de renvoyer le dossier de destitution au Sénat. Walder Maranhao a remplacé il y a peu le président de l’Assemblée Eduardo Cunha qui a été destitué pour ses liens avec l’énorme scandale de corruption lié au pétrolier national Petrobras.

C’est le plus grand paradoxe de ce qui se passe en ce moment au Brésil: la présidente Dilma rousseff a été destitué par des députés et des sénateurs qui, aux deux tiers, sont impliqués dans des affaires de corruption au regard desquels les accusations sur lesquelles reposent la procédure de destitution de la présidente brésilienne peuvent paraître des péchés véniels.

Dilma Rousseff aura tout tenté pour se maintenir au pouvoir. Très impopulaire, elle a même essayé de récupérer dans son gouvernement son très populaire prédécesseur et mentor, Lula da Silva. Son dernier recours pour empêcher le vote du sénat a été rejeté par la cour suprême. Elle s’estime victime d’un coup d’Etat. Cette ex guérilléra, qui a montré un courage extraordinaire face ses juges pendant la dictature militaire, n’a jamais voulu se montrer vaincue. Et même après la décision du Sénat, elle a promis de continuer le combat. «Le dernier jour de mon mandat, c’est le 31 décembre 2018» a-t-elle lancé comme un défi. Pour dénoncer ensuite «les élites (qui) remplacent les coups d’Etat militaires par des coups d’Etat parlementaires».

Au plus bas dans les sondages, la présidente Rousseff est rendu responsable par la population brésilienne de la situation économique catastrophique du pays en pleine récession alors qu’il était montré en modèle de pays émergent il y a peu. Dilma Rousseff paie surtout l’absence de réforme du système politique depuis que le parti des travailleurs est au pouvoir, un système qui favorise les combinaisons politiques, le clientélisme et la corruption. Un mal auquel les élus du PT n’ont pas échappé.

Des affrontements ont opposé les forces de l’ordre aux manifestants pro Rousseff à Brasilia devant le Sénat dans la soirée de mercredi.