Cameroun – Réligion. Paix et sécurité: Catholiques, et musulmans autour d’une même table

Tous appellent au renforcement de la tolérance religieuse. Ils ne veulent plus de conflits entre les différentes religions et croyances qui existent au Cameroun. Ils disent non à la violence.

La mobilisation a été forte ce mardi 26 janvier 2016 à Douala. Au total 26 leaders religieux et 4 enseignants d’établissements publics et privés se sont assis autour d’une même table. Quelle que soit l’obédience, ils ont débattu sur la nécessité de lutter contre le radicalisme religieux et surtout la promotion de la tolérance. A l’issue de deux jours de travaux, les 25 et 26 janvier 2016, tous ont renforcé leurs capacités sur les fondements philosophiques et juridiques de la tolérance religieuse, médité sur le code de conduite sur ladite tolérance. La rencontre est une initiative du Centre pour la promotion du Droit (Ceprod), une association de droit camerounais qui a pour mission principale de promouvoir les droits humains en utilisant comme instrument le droit. Dans sa volonté d’aider les pouvoirs publics et les autres parties prenantes à maintenir et promouvoir la paix sociale au Cameroun, le Ceprod a élaboré un projet portant sur la formation des leaders d’organisations religieuses en vue d’une mobilisation communautaire sur les enjeux de la tolérance religieuse au Cameroun.

Une action qui intervient dans un contexte où au Cameroun, la liberté de religion est reconnue et bénéficie d’une assise juridique tant au niveau constitutionnel que législatif. Cependant, les textes sont imprégnés, d’après les leaders religieux, des notions d’autorisation préalable, de suspension, de dissolution et de rejet. Ils prescrivent non seulement que la création d’un culte, apprend-t-on, est soumise à l’autorisation discrétionnaire du Président de la République mais aussi que la tenue d’un culte est soumise à un contrôle d’opportunité et de pertinence par l’autorité administrative. Par ailleurs, le Ceprod constate qu’au regard des événements actuels, les différentes communautés religieuses (chrétiens, musulmans, vitalistes, animistes, gnostiques) qui ont vécu jadis dans une atmosphère d’harmonie, ne le sont plus aujourd’hui. D’où la forte mobilisation sur ce sujet.

Ce que dit le Code de tolérance religieux

Reconnaissant que le mépris de l’exigence de tolérance religieuse a été et est le principal déterminant et le mobile de la plupart des conflits que l’humanité mène au mépris du bon sens et des enseignements des messages de Dieu, le Code de tolérance religieux dans son article premier stipule que la tolérance est l’harmonie dans la différence des croyances en un seul Dieu créateur. Elle est une affirmation des valeurs d’acceptation et d’amour du prochain comme valeur de base proclamées par tous les messagers de Dieu. Le texte dit qu’elle se traduit par la cohésion pacifique, l’égalité, le respect mutuel entre les différentes communautés religieuses et le dialogue fraternelle entre les créatures d’un même Dieu. Elle consacre la diversité des cultes comme une richesse humaine.

Adopté à Yaoundé le 17 décembre 2015, ledit Code indique que l’Etat du Cameroun doit prendre des engagements afin de : mieux garantir et soutenir le libre accès à la liberté religieuse notamment la levée des blocages administratifs et les usages pernicieux puis politiciens du régime de la tolérance administrative : lutter contre les préjugés sur certains courants religieux ou ordres philosophiques ; lutte contre les discriminations et les pratiques de favoritisme basées sur la commune appartenance religieuse ; mettre tout en œuvre pour garantir l’égalité de chance à tous les citoyens sans aucune discrimination ou marginalisation pouvant entraîner la frustration, le fanatisme et l’intolérance religieuse ; sensibiliser et conscientiser les populations sur l’importance de la tolérance religieuse. Il est également demandé aux médias de favoriser la production et la diffusion des programmes dédiés au dialogue et aux débats libres et ouverts sur les thèmes qui divisent, en propageant les valeurs de tolérance.

Réactions

Elhadj Anazetpouo Zakari, Imam principal du Centre Islamique de Dschang

«Dire que Boko Haram est une secte islamique, est une grande barbarie»

Je voudrais dire aux uns et aux autres que Dieu ne nous a pas envoyé sur la terre pour nous entretuer. Nous sommes des êtres chers pour le Seigneur. Nous avons une seule préoccupation, celle de jouer efficacement le rôle de simple mandataire. Nous sommes les mandataires du Seigneur sur la terre, autrement dit exécutant de la bonne volonté du mandat. Dieu nous a donné tous les moyens pour contribuer à l’édification d’un monde d’amour, de paix, de tolérance. Quand vous avez choisi la violence comme moyen pour faire passer votre message, votre religion, vous pensez avoir rendu service à qui ? A Dieu ? Il ne vous fait pas violence mais vous, vous faites violence sur les autres. Les gens doivent se ressaisir. L’Islam est une religion de tolérance, qui a recommandé des règles adéquates pour que les gens vivent tous ensemble.  Ceux qui disent Boko Haram : secte islamique, se trompent gravement. Qui dit «Islam» ou «Islamique», dit «conformité à la  volonté de Dieu. On ne peut pas être à la fois une secte et l’Islam. Les deux ne peuvent pas aller de pair. Parler de secte islamique est une barbarie qui n’a pas de sens. Si vous regardez les critères qui font de quelqu’un un musulman, les mêmes critères ne peuvent pas être appliqués à ceux qui font violence, qui tuent de manière délibérée. Ceux qui parlent de secte islamique tiennent un langage plus ou moins suspect parce qu’ils veulent dire que la secte est en train de l’islamisme, c’est-à-dire un mouvement propagation de l’Islam, de deux choses l’une. Soit ce mouvement est en train de propagé l’Islam soit il est en train de faire l’islamophobie, fanatisme. Vous avez déjà vu quel musulman aller dans une mosquée et tuer des imams et autres.


Michel Manfouo, directeur exécutif du Centre pour la promotion du droit

«Il y a urgence de promouvoir une action de sensibilisation et d’éducation sur le bienfait de la tolérance religion»

Ce qui nous a poussé à mener une action sur la tolérance religion c’est parce que nous sommes partis de plusieurs faits observés au Cameroun. Traditionnellement, le pays est un Etat laïc. Les religions peuvent faire leur pratique comme elles entendent. Depuis trois ans, nous avons remarqué certains actes qui semblent remettre en cause la tolérance qui existait. Et nous citons entre autres ce qui se passe au Grand-Nord avec Boko Haram. Du coup nous avons l’impression que tous ceux qui sont adeptes de l’Islam sont forcément assimilés à Boko Haram. D’un autre côté dans le Sud du pays, les églises chrétiennes se rivalisent entre elles ; les églises dites de réveil pour recruter leurs adeptes, utilisent parfois des propos très haineux et diffamatoires à l’endroit des églises classiques. Par des enseignements, des discours, des insultes, les premières s’attaquent aux deuxièmes. En outre, les églises classiques en soi-même ne tolèrent pas non plus les églises réveillées qu’elles perçoivent comme des démons. Des faits récents nous montrent comment plus ou moins dans le Nord-Ouest, des animistes par exemple ont été maltraités par les églises de réveil. Dans l’ensemble, il y a des églises qui ont été interdites. Tout cela fait qu’à un moment donné, il y a des indicateurs qui laissent croire que si rien n’est fait, cela va déboucher sur des actes d’une extrême violence. C’est pourquoi, nous avons entrepris de mener une action prévention, de sensibilisation et d’éducation sur le bienfait de la tolérance religion.