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60 CAMEROUNAIS DÉTENUS DANS UN CAMP AU TCHAD.

60 CAMEROUNAIS DÉTENUS DANS UN CAMP AU TCHAD.

Ils sont parqués dans la localité de Klessoum où ils dorment à la belle étoile.

Abba Liman Mammat revient de loin. Employé d’une société de téléphonie mobile, le jeune homme a vécu deux journées d’enfer. Alors qu’il se rendait en compagnie d’autres Camerounais à Ndjamena, le 18 janvier 2015, il est stoppé à un contrôle de la gendarmerie tchadienne juste après que leur car de transport eut traversé le pont Ngueli qui sépare Kousseri de la capitale tchadienne. En effet, la route Kousseri-Maroua étant interdite du fait de la multiplication des attaques de Boko Haram, les usagers doivent désormais faire le détour par Ndjamena, puis Moundou, avant de rejoindre Yagoua et rallier Maroua.

«Il était 22 h quand les gendarmes nous ont ordonnés de passer la nuit sur place. Quatre élèves camerounais, ma femme et moi-même avons été obligés de descendre du car», raconte Abba Liman. Vers 3h du matin, les six passagers sont conduits au commissariat central de Ndjamena. Leurs téléphones sont confisqués. Malgré leurs explications, ils sont transférés dès les premières heures de la matinée au commissariat du 7e arrondissement de Ndjamena. «Nous avons trouvé sur place que la police avait organisé une grande rafle le lundi 19 janvier. Nous nous sommes retrouvés en compagnie d’autres camerounais, centrafricains et des nigérians», explique Abba Liman.

La rafle, a-t-on appris de sources tchadiennes, visait à nettoyer Ndjamena des étrangers illégaux ou suspectés d’avoir des liens avec le groupe islamiste Boko Haram. «Cette opération de filtrage menée par la police, la gendarmerie et l’armée dans plusieurs villes a coïncidé avec l’intervention de l’armée tchadienne au Nigeria et au Cameroun et visait à assurer la quiétude de la population», assure Mahamat Ramadane, journaliste à Ndjamena. Sauf que lors de ladite opération, de nombreux étrangers ont été arrêtés. Dont certains en règle. «Un camerounais qui travaille ici à Ndjamena pour une entreprise d’entretien de lampadaires a été interpellé en plein boulot et conduit au commissariat», raconte un jeune élève camerounais inscrit dans un collège privé de Ndjamena.

A la mi-journée, le commissariat du 7e arrondissement de Ndjamena était plein à craquer. «Malgré nos explications, les hommes en tenue ont conclu que nous étions des réfugiés et nous ont acheminés à bord de camions à Klessoum, à 20 kilomètres de Ndjamena, pour nous confier aux agents du Haut commissariat pour les réfugiés», affirme Sabine Nyeka, conseiller pédagogique à la délégation départementale de l’Éducation de base pour le Logone et Chari, elle aussi embarquée lors de cette rafle. Dans le camp de Klessoum, les Camerounais sont nombreux. Plus de soixante selon le décompte fait.

Sur place, ils dorment à la belle étoile. Le lendemain, les fonctionnaires du HCR absents la veille, denient aux Camerounais le statut de réfugiés. Et à raison. «Malgré tout, les militaires et gendarmes ne voulaient pas nous laisser partir», poursuit Abba Liman Mammat. Dans la journée du 20 janvier, l’ambassade de Centrafrique dépêche sur place une délégation pour s’enquérir du sort de ses ressortissants.

Les Camerounais eux, restent dans l’attente d’une intervention similaire. «L’ambassade du Cameroun n’a pas remué le petit doigt. C’est à croire que nous sommes des apatrides», regrette un jeune camerounais. Abba Liman Mammat ne sortira de là que grâce à l’aide d’un ami, membre de la famille du président de la République du Tchad. «Tout le monde n’a pas eu la même chance. Ce que nous mangions dans ce camp est indescriptible. Le camp lui-même est en chantier. Et jusqu’à ce jour, l’ambassade n’a rien fait pour aider les camerounais retenus de force à Klessoum», conclut l’employé de la société de téléphonie mobile qui ne retrouvera jamais son téléphone portable.

 

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