«Sans bourse, les étudiants camerounais abandonnent leurs études au maroc»

Patrick Belinga, président de l’Association des étudiants et stagiaires Camerounais au Maroc (Casam).Pouvez-vous nous dire qui est Patrick Belinga ?
Je suis le président de l’Association des étudiants et stagiaires camerounais au Maroc (Casam). En anglais, c’est Cameroonian Students’ Association in Morocco). L’association existe depuis 1988. Je fais des études en sciences politiques, niveau master 2 ; et j’entame ma cinquième année d’études au Maroc.

Vous avez porté à la connaissance de notre journal un problème de complément de bourse 2014/ 2015 au bénéfice de 139 étudiants qui est toujours indisponible jusqu’à ce jour. A combien s’élève le montant du complément de cette bourse par étudiant et quelle en est la somme totale ?
Le montant du complément de bourse 2014/2015 s’élève à 125. 100. 000 (cent vingt-cinq millions cent mille) Fcfa, soit 900. 000 Fcfa par étudiant.

Qui doit payer ce complément de bourse et pourquoi est-il toujours indisponible?
Selon ce que nous avons appris de l’ambassade ici, le complément de bourse est déduit du budget alloué au ministère de l’Enseignement supérieur (Minesup). Jusqu’à présent, apparemment, seul le virement de crédit a été fait, pas les liquidités. D’après le Minesup, c’est le ministère des Finances (Minfi) qui devrait s’en charger. Or, tout le problème est là : aussi bien le chef comptable que le payeur général, les deux assurent n’avoir pas reçu de lettres portant demande de fonds devant normalement venir de l’ambassade. Seulement, nous savons que Son Excellence monsieur l’ambassadeur a déjà eu à envoyer près de 4 lettres ainsi que le percepteur de l’ambassade avant son décès. Son Excellence aurait même appelé le payeur, le 30 décembre 2015 à cet effet. Du reste, nous ne pouvons malheureusement pas connaître la raison de cette indisponibilité. Serait-ce une lourdeur dans le transfert ?

A quelle période doit-il être payé ?
Nous savons que le complément de bourse est annuel. Il peut être payé par tranche, ou, comme de tradition depuis un certain temps, on nous l’envoie en bloc directement. Très souvent, c’est en début d’année académique de l’année suivante qu’on reçoit le complément de la bourse de l’année académique antérieure. A titre d’exemple, pour l’année 2010/2011, la bourse avait été envoyée en octobre 2011 ; pour l’année 2012/2013, en septembre 2013 ; et pour l’année 2013/2014, en novembre 2014. Ce n’est qu’à l’année académique 2011/2012 que la bourse nous est parvenue en mai 2012.

Espérez-vous que le paiement sera effectif au regard du retard accusé?
Oui, nous restons confiants. Le retard est certes exceptionnellement un peu long, mais les efforts de monsieur l’ambassadeur et la mobilisation du payeur lui-même nous permettent de rester optimistes. Le payeur nous a demandé de patienter encore un peu, nous encourage à demeurer confiants. Même la Sous-Direction des Affaires estudiantines (Sdae) du Minesup nous a tenu les mêmes propos rassurants.

Qui avez-vous contacté et qu’est-ce qu’on vous dit ?
Au niveau du pays, et sans parler du personnel de l’ambassade que nous avons contacté ici, nous avons appelé madame Mballa qui est la sous directrice des Affaires estudiantines; nous avons également appelé monsieur Mouhtar Mey qui est le secrétaire général du ministère camerounais des Arts et de la Culture; nous avons aussi contacté, toujours par téléphone, le chef comptable de la Paierie générale du Cameroun, sans oublier que nous avons rédigé une lettre que nous avons adressée à monsieur Jacques Fame Ndongo et que nous avons envoyée via le mail de la Sdae. En général, jusque-là, on a demandé que le Service de la perception de l’ambassade envoie une demande de fonds. Ce qui, comme je l’ai déjà dit, a été fait au moins quatre fois par l’ambassadeur et le percepteur. Nous n’avons pas aussi négligé de contacter des médias camerounais : Canal 2 et la Crtv en l’occurrence. Si Canal 2 ne nous a pas encore répondu, la Crtv, elle, nous a recommandé de nous adresser directement au chef de l’Etat, Son Excellence Paul Biya, en passant par le canal des services de la Présidence.

Cette indisponibilité du complément de bourse a-t-elle une incidence sur vos études ?
Evidemment. Un étudiant qui ne peut payer son transport, qui ne peut se nourrir et qui ne peut s’endetter, aura recours au Call center à temps plein pour subvenir à ses besoins. Cela crée une déconcentration dans les études, et vu que dans certaines facultés et écoles ici, les absences sont notées, il est facile de prévoir que des étudiants abandonnent leurs études.

De combien avez-vous besoin pour vivre ? Ce complément de bourse vous permet- t-il de subvenir à vos besoins ?
En moyenne, et sans exagérer, nous avons besoin de 30. 000 dhs par an, c’est-à-dire d’environ 1.800.000 Fcfa par an. Car les loyers sont élevés, le transport dans certaines villes est exorbitant et nous courons souvent des grands risques en habitant dans des ghettos ou dans des sous quartiers. De fait, même s’il est vrai que le gouvernement a augmenté le montant de la bourse (qui est passée de 600.000 Fcfa à 900.000 Fcfa cette année), 15.000 dhs ne sont honnêtement pas suffisants pour assurer une vie loin de tout risque, de toute difficulté et de toute déconcentration à un étudiant camerounais au Maroc.Le problème que vous posez aujourd’hui, est-il récurrent ou ce n’est que l’année dernière qu’il s’est posé ?
En général, depuis 2011/2012, cette situation n’a jamais eu lieu, même si des anciens rapportent qu’à leur époque, ça a souvent été le cas.

Qu’en est-il pour 2015/2016 ?
Pour le complément de bourse 2015/2016, j’ai demandé aux étudiants concernés d’envoyer au Bureau exécutif de la Casam, comme chaque année, leurs dossiers pour effectuer un renouvellement de leur complément de bourse. Pour être bref, la procédure n’a pas encore commencé ; elle ne débutera que ce mois comme à l’accoutumée.