Cameroun : Mohamadou Bayero Fadil : « le laxisme et la corruption doivent être réduits au silence »

Homme politique et industriel, le Président du Groupe Fadil revient sur les grands moments qui ont marqué l’année 2015 au Cameroun, les ambitions et les perspectives du Groupe qu’il dirige par rapport à 2016
2015 relève désormais du passé. Comment avez-vous vécu cette mutation ?
Dans la joie et la satisfaction d’avoir apporté une contribution enrichissante pour le développement socioéconomique du Cameroun. J’ai aussi vécu cette transition dans le recueillement en ayant une pensée pour les victimes des atrocités de Boko Haram qui sera bientôt réduite au silence grâce aux mesures prises par le Chef de nos forces de défense. 2016 sera un autre challenge avec d’autres batailles économiques et sécuritaires qui se profilent à l’horizon.
Qu’est-ce qui vous aura le plus marqué au cours de l’année 2015 qui vient de s’achever ?
La guerre contre le terrorisme a mis en exergue la solidarité et l’élan de cœur qui anime le peuple camerounais. Tout au long de l’année qui vient de s’achever, nous avons vu un peuple uni dans sa diversité et dans un élan humanitaire, indépendamment des chapelles politiques, dire non au terrorisme. Je crois que ce sont des actions qui nous ont permis de former un front commun pour soutenir le Président Paul Biya dans sa détermination à préserver l’intégrité territoriale du Cameroun. Il avait promis de venir à bout de Boko Haram, devenu Etat islamique en Afrique de l’Ouest. La victoire est proche en 2016et il ne nous reste plus qu’à la concrétiser au nom des valeurs de la République.

En dépit de cette situation, nous avons, sous l’impulsion du Chef de l’Etat, gagné de bons points sur le plan économique ; notamment un taux de croissance de 6% malgré une conjoncture économique difficile. Cette embellie s’est manifestée par la création de nombreux emplois pour résorber le chômage et endiguer la pauvreté ; même si sur un tout autre plan, le climat des affaires restent à parfaire.

Justement, en tant qu’industriel, avez-vous des suggestions à ce niveau. Le Président Biya a pointé un doigt accusateur sur l’administration lors de son message de fin d’année…
Comme j’ai eu à le dire lors de mes précédentes interventions, il est difficile d’attirer les investisseurs dans un pays lorsque l’administration est laxiste et corrompue. Le chef de l’Etat a identifié le mal et nous devons le combattre pour parfaire l’environnement des affaires au Cameroun. Le dernier classement Doing Business qui est un baromètre de performances des économies, n’honore pas notre pays qui a chuté de quatre places. Nous devons bannir toutes ces résistances négatives aux réformes structurelles de notre économie en démantelant tous les goulots d’étranglement que sont le laxisme et la corruption. En y parvenant, les réformes engagées par l’Etat seront effectives que se soit au niveau des incitations à l’investissement qu’à la réduction du temps des procédures. Pour reprendre les termes du Chef de l’Etat, l’administration doit être au service de l’Etat et de l’intérêt général.

La baisse des cours du baril va déstabiliser les économies des pays africains producteurs de pétrole. Avez-vous des inquiétudes par rapport à la consolidation de la croissance économique ?
Il n’y a pas que les pays africains ; les autres Etats membres de l’OPEP seront considérablement affectés si les quotas ne sont pas revus à la baisse avec le retour de l’Iran suite à la levée des sanctions ; et si l’économie de la Chine, grand importateur de pétrole, ne se relève pas rapidement. Il faut dire que les pays qui n’ont pas diversifié les sources de financement de leur économie auront de sérieuses difficultés. Je veux parler ici de l’Angola, du Nigeria, de l’Algérie, du Congo Brazzaville, pour ne citer que ceux-là. Faute d’argent, ils vont certainement geler plusieurs programmes d’investissements avec de fortes probabilités que cela puisse avoir un impact négatif sur l’amélioration des conditions de vie des populations.

Que faut-il concrètement faire pour surmonter la difficulté ?
La solution idéale voudrait que l’on sorte de cette dépendance des hydrocarbures en diversifiant nos économies afin d’affronter efficacement ces chocs pétroliers. Dans le cas contraire, si l’on ne dispose pas de réserves de change considérables, il faudra recourir à des solutions à court terme comme les emprunts et les financements extérieurs pour éviter la dégradation du tissu social à travers la hausse du chômage et la baisse du pouvoir d’achat des ménages.
Avec une économie diversifiée qui s’appuie sur d’autres filières de production comme l’agriculture, l’agro-industrie, la foresterie, le Cameroun peut être à l’abri des impacts du choc pétrolier. D’après les récents chiffres du Ministère des Finances, plus de 1500 milliards Fcfa de recettes non pétrolières ont été générées en 2015 ; c’est un atout non négligeable.

Parlant du Groupe Fadil, 2015 a vu le rapprochement avec le Groupe Accor pour la gestion de votre hôtel sous la marque Pullman. Quelles en sont les réelles motivations ?
Pendant plus de 30 ans, l’hôtel a été géré avec succès sous la marque Le Méridien. Nous avions l’opportunité, Starwood et la Société Nouvelle des Cocotiers, au regard de cette embellie, de réviser notre contrat de gestion. La philosophie du Groupe que je dirige étant de faire toujours plus et mieux, et la perfection étant une quête permanente, nous nous sommes dits qu’on pouvait explorer d’autres opportunités pour fidéliser une clientèle de plus en plus exigeante et consolider notre place de leader dans ce secteur. Voilà ce qui explique fondamentalement cette migration. Je peux vous confirmer qu’il ne s’agit nullement des conséquences des résultats financiers qui ont d’ailleurs été toujours bons depuis la restructuration intervenue en 2002.

Concrètement, Pullman vous apporte quoi ?
Avec Pullman, ce sera une nouvelle façon de faire dans l’hôtellerie. Notre principale priorité est de transformer la destination touristique Cameroun en faisant de notre pays un modèle en Afrique en matière d’infrastructures hôtelières. Je crois que ce projet rentre en droite ligne des préoccupations du programme socio-économique du Cameroun qui va bientôt accueillir de grands évènements et Pullman répondra à toutes les attentes dans le domaine de l’hébergement. Et je tiens à préciser ici qu’avec Accor, le premier opérateur hôtelier mondial, d’autres projets allant dans ce sens vont suivre principalement dans la ville de Yaoundé et d’autres cités du Cameroun avec l’émergence des complexes hôteliers. C’est en tout cas les souhaits affichés de part et d’autre dans le cadre de ce partenariat.

Que représentent aujourd’hui le Groupe Fadil et la restructuration des différentes entités qui le compose?
Je profite une fois de plus de cette tribune qui m’est offerte pour dire que le Groupe Fadil se porte globalement bien. Il emploie actuellement près de 1400 personnes dans plusieurs secteurs d’activités qui englobe la savonnerie, l’huilerie, la détergenterie, le tourisme, l’hôtellerie, l’élevage, la communication, l’immobilier… C’est un patrimoine impressionnant qui suscite régulièrement et à divers titres, bien des intérêts de la part des médias, toutes aptitudes professionnelles confondues. Le Groupe FADIL, au-delà de quelques revers inhérents à toute œuvre humaine, poursuit inexorablement l’expansion et partant, la sauvegarde de ce patrimoine collectif.
Pouvez-vous être plus précis à ce sujet ?
Je dirais que le Complexe Chimique Camerounais, CCC, continue de jouer les premiers rôles dans la sous-région.
…Equateur Média Group vit aujourd’hui une mue inscrite dans l’air du temps avec comme point de repère Camnews24 et son site internet Camnews24.net qui reçoit près de 20 000 visiteurs par jour. Je tiens d’ailleurs à préciser ici que c’est la première chaîne de télévision camerounaise dans le domaine de l’information en continu.
… L’Hôtel Le Méridien est devenu Pullman Douala Rabinga Hôtel avec l’ambition légitime de faire partie des privilégiés et des meilleurs dans le monde.
…la Société Générale de l’Elevage,Sogedel, occupe plusieurs milliers d’hectares.

A cela vient s’ajouter un parc immobilier en pleine expansion dans les villes de Douala, Yaoundé, Garoua et le reste du monde avec plusieurs ’immeubles mis en exploitation.
D’autres projets de grande envergure dans l’immobilier, l’agriculture de seconde génération axée sur l’irrigation dans le Nord du Cameroun sont annoncés pour accompagner le Président de la République, Son Excellence Paul Biya, dans sa détermination de faire du Cameroun un pays émergent à l’horizon 2035. Ils sont en cours de finalisation et vous aurez la primeur de leurs contenus au moment opportun.

Bon an mal an, le Groupe Fadil réalise un chiffre d’affaire de 30 milliards de Fcfa au Cameroun et à l’international. Le potentiel que nous visons, une fois la restructuration terminée et la signature de représentation des différents marqués de produits plus élaborés, français, turcs et israéliens, est de 100 milliards de Fcfa en 3 ans.
Ce souci d’innovation nécessite des sacrifices avec la mise en place d’une politique préventive de remise à niveau de nos équipements de production par rapport à nos priorités d’investissements et la consolidation de notre partenariat avec l’extérieur ; dont une approche de collaboration avec SIFCA pour ce qui concerne le partage d’expériences et le transfert des technologies et l’acquisition des matières premières telles que l’huile de palme brute et l’huile de palmiste.

Pour revenir au Complexe Chimique Camerounais, il faut savoir qu’avec l’appui des partenaires financiers, plus de 5 milliards de Fcfa ont été mobilisés pour parachever sa restructuration élargie au service de notre dette bancaire et fiscale. Elle s’est faite par la vente aux enchères de certaines de nos anciennes lignes de production de savon et la liquidation des « actifs dormants ». Tout en procédant à l’amélioration de notre offre commerciale dans les différents secteurs d’activités.
Notre objectif cette année est bien sûr de nettoyer les éléments du passif qui « plombent le haut du bilan » afin d’introduire « sainement » les actions du CCC dans la Douala Stock Exchange, vous avez compris la Bourse de valeurs de Douala.
Après Haba et Knauf-Prekons, quels groupes comptez-vous faire venir au Cameroun en 2016 dans le cadre de votre « lobbying économique » ? Que gagne le Groupe Fadil dans cet exercice de facilitation ?
Sachez qu’au-delà d’être un agro-industriel, je suis le Président du Conseil d’administration de l’Agence des Normes et de la Qualité ; j’assume également la vice-présidence pour le compte du Cameroun de l’Institut de normalisation et de métrologie pour les pays islamiques, le SMIIC, une institution affiliée à l’OCI, Organisation de la Conférence Islamique. Cette position est un atout important pour les échanges commerciaux entre le Cameroun et les pays du Golfe, et le développement des infrastructures propres de la jeune agence de normalisation et de qualité de notre pays.

Ces multiples casquettes doivent avoir des incidences positives dans le développement économique du Cameroun. C’est pour cette raison que, dans un rôle d’accompagnateur ; mais très souvent aussi de partenaire, j’ai fait venir des groupes Qataris, Turques, Allemands et aussi Français dans notre pays afin de prendre des parts de marchés dans les projets structurants en cours.

Nous nous préparons d’ailleurs à faire venir au Cameroun une importante délégation des opérations économiques de quelques pays du golfe qui sont fortement intéressés par les grands projets structurants au Cameroun. L’Arabie Saoudite étant la tête de pont de cette délégation.
C’est une manière pour moi d’apporter ma modeste contribution pour la réussite du programme socio-économique du Président Paul Biya contenu dans les Grandes Réalisations. En même temps, nous nous affirmons davantage comme un Groupe international. C’est après avoir capitalisé les différents projets d’investissements présentés par les uns et les autres que d’autres pistes pourront être explorées. La vraie question dans ce cas n’est pas de savoir ce que le Groupe que j’ai la chance de présider aux destinées depuis plus de 30 ans tire de ces initiatives, mais surtout ce que le Cameroun engendre comme bénéfices.
Beaucoup de personnes ne cessent de se poser la question de savoir ce qui représente ma source de motivation. La réponse est assez claire pour moi : continuer à porter haut le nom, si cher à mes yeux, de cet emblème qui est devenu aujourd’hui une marque réelle avec un vrai potentiel: FADIL.
Vingt-cinq ans après la mort du patriarche et fondateur du Groupe, ai-je réussi, personnellement je pense que oui et j’en suis fier au vu de ce que je perçois dans des cas similaires. Nous ne sommes qu’au début de notre envolée et les dix prochaines années mettront le Groupe dans une autre dimension./.