Cameroun – Politique. Le Rdpc et le laboratoire de la fraude

Le clientélisme au sommet du parti se dispute la vedette avec l’achat des consciences.

L’actuel secrétaire général du Comité central du Rassemblement démocratique du peuple camerounais n’a pas pu faire appliquer l’esprit de la lettre circulaire du président national organisant les opérations de renouvellement des bureaux des organes de base du parti, qui ont donné lieu à des affrontements d’une violence inouïe entre militants.

La suite va être assez difficile à gérer pour un Sg de plus en plus contesté aussi bien pour sa gestion de l’appareil du parti que par ses postures souvent farfelues. Ces derniers temps encore, on continue de parler des conflits post-électoraux au sein du « Parti du flambeau ardent ». Et l’un des conflits les plus en vue est celui qui vient du département du Nkam, et particulièrement de l’arrondissement du Nord Makombe. Dans cette unité administrative, le député du coin, Gaston Komba fait face à une fronde de militants qui l’accusent d’avoir usé de la violence et de la corruption pour s’imposer.

Un dossier suffisamment épais contre l’élu Rdpc du Nkam, serait parvenu au Comité central du Rdpc à Yaoundé, diligenté par Philippe Belate, son challenger, qui accuse Gaston Komba de l’avoir fait tabasser jusqu’au sang comme en témoigne une vidéo versée dans le dossier. Et le sous-préfet du Nord Makombe, en vient à rajouter contre le député Gaston Komba, en l’accusant d’avoir, non seulement donné le premier coup de poing à ses adversaires politiques, au point de provoquer une bagarre rangée entre militants, mais aussi d’avoir gravement troublé l’ordre public dans cette unité administrative. Pourtant, il y a quelques jours, c’est l’honorable Gaston Komba qui affirmait avoir échappé à la mort, agressé par « des fraudeurs aux élections » supportés par le sous-préfet du Nord Makombe. L’élu du peuple signalait des blessures profondes sur sa personne et sur ses partisans. En tout cas ce passionnant débat entre militants du Rdpc du Nkam va désormais se poursuivre devant le juge. Puisque Philippe Belate, convaincu qu’il aura été victime d’une voie de fait grave, avec coups et blessures vient de saisir le parquet des tribunaux du Nkam d’une plainte contre le député Gaston Komba. Il en est de même de nombreuses sections du Rdpc où des militants qui se sont sauvagement affrontés ont décidé d’aller en découdre devant la justice. Comment en est-on arrivé là alors que les règles établies par le président national du Rdpc semblaient pourtant assez claires pour tous ? Comment des militants en sont-ils arrivés à s’affronter et créer une situation généralisée de trouble à l’ordre public dans le pays ? Instructions bafouées A Yaoundé, au siège du parti au pouvoir localisé au Palais des congrès de Yaoundé, où se trouve le secrétariat général du Comité central, la plupart des cadres passent le temps à éplucher les différentes requêtes. « Il y a une logique qui est désormais clair. Tous les militants qui n’ont pas pu respecter, ou faire respecter les directives de la haute hiérarchie vont payer. Ils seront sanctionnés. Le temps de l’impunité est terminé. Le conseil de discipline va sévir inévitablement. Vous ne pouvez pas passer outre les instructions du président national ensuite les orientations du secrétaire général du Comité central et penser que vous allez vous en tirer aussi facilement », explique un haut cadre proche du secrétaire général Jean Nkueté. Ces derniers jours, celui-ci est débordé. Contrairement à l’allure débonnaire qu’il présente à chaque fois, Jean Nkueté sait très bien qu’il a du souci à se faire. D’abord le nombre des plaintes et des requêtes parvenues dans ses services montre bien que si l’esprit et les recommandations de la lettre circulaire de Paul Biya, président national du Rdpc avaient été respectés, « peut-être le parti ne se serait aussi abîmé comme on le voit aujourd’hui », indique un autre cadre du Rdpc rencontré au secrétariat général.
Et de poursuivre sur un ton accusateur contre la gestion du Sg du Comité central : « Le président national a formellement interdit le recours à l’argent pour l’achat des électeurs. Mais qu’est-ce qu’on a vu sur le terrain ? Des charters, de la tricherie. Plus grave encore, on a vu des proches du secrétaire général du Comité central intervenir directement ou dans l’ombre pour orienter des élections dans certaines sections du pays. Tout le monde sait que si ces choses ont été possibles c’est bien parce qu’il y a des militants fortunés qui sont venus au secrétariat général du Comité central chercher l’onction pour aller se mouvoir sur le terrain par la force de l’argent. C’est inacceptable pour l’image du secrétaire général, qui jusque-là n’a rien dit officiellement pour dénoncer cet état de chose. »
Utiles clarifications

Un autre haut cadre du Rdpc, approché par Le Messager est lui aussi sceptique sur les capacités de Jean Nkueté à pouvoir réguler les conflits post-électoraux au sein du parti au pouvoir: « le problème aujourd’hui, dans le parti ce n’est plus jouer avec la réalité des faits. Les faits les voilà : le président national a donné des instructions pour que les militants puissent directement élire leurs dirigeants. Voilà la recommandation forte de Paul Biya, président national de notre partie. Il a complètement prohibé le recours à l’argent pour influencer le vote. Mais qu’est-ce que qu’on a vu sur le terrain ? Le contraire en tout cas. Il y a lieu de tirer les conclusions qui s’imposent, à savoir que le secrétariat général du Comité central, c’est le secrétaire général et son équipe n’ont pas été à la hauteur de cet enjeu politique de notre parti tel que voulu par le président national. C’est peut-être dur à dire cela, mais voilà la réalité. »

Au final, Il faudra bien que Jean Nkueté tire dans des ressources énergétiques des plus courageuses pour faire face à cette situation à la limite explosive que vit le Rdpc au lendemain des opérations de renouvellement des bureaux des organes de base du parti. Tout ce faisceau de conflits, d’animosités entre militants, mais aussi d’arrogance des plus riches et puissants face aux pauvres et vulnérables militants est bien détestable. Avant l’arbitrage espéré par de nombreux militants du président national Paul Biya, Jean Nkueté doit inéluctablement clarifier sa position vis-à-vis du désordre orchestré à travers le Cameroun lors de ces opérations de renouvellement des bureaux des organes de base du Rdpc. Et montrer qu’il est bien à la hauteur de pourvoir équilibrer un bateau Rdpc dans la tourmente. Sinon, pour lui, ce sera bien un souci de plus. Car il faut se rappeler que du côté d’Etoundi, le locataire du Palais de l’unité n’a pas encore oublié les affres de l’affaire Albert Nzongang. Cette fois-là, ça pourrait être de trop…