Cameroun – Filière coton: Seulement 2% de la production nationale est transformée

Le constat est dressé par un rapport produit en mai 2015 par l’Institut national de statistique (INS) sur les filières coton/textile/confection.

Le Cameroun file du mauvais coton. Et les pistes d’industrialisation de la filière s’apparentent à un mythe de Sisyphe, avec une transformation locale de seulement 2% de sa production annuelle. Elle est d’ailleurs en dents de scie depuis 1984. À cette date, elle était de 97 502 tonnes sur une superficie de 73 316 hectares (ha), soit un rendement moyen de 1 130 Kg/ha. Au sortir de 2014, cette production était estimée à 250 000 tonnes sur 200 000 Ha. Ce qui représente une moyenne de production de 1 250 Kg/ha. En trois décennies, rien n’a donc véritablement changé dans la production cotonnière au Cameroun, si ce n’est le record de production atteint lors de la campagne 2004-2005. Le Cameroun avait réussi à produire 304 053 tonnes sur près de 215 027 ha. Un résultat positif qui n’est visible à aucun niveau de la chaîne de transformation. Suivant le

rapport principal du « Recensement des opérateurs de la filière Coton/Textile/Confection » réalisé par l’INS et publié en mai 2015, l’on peut lire que la filière fonctionne autour des différents acteurs. La Société de développement du coton (Sodecoton), entreprise étatique basée à Garoua dans la région du Nord qui jouit d’un monopole dans la production du coton dans le pays. Son activité principale, l’égrenage accompagne le pressage des graines de coton pour la production de l’huile raffinée de coton vendue sous la marque Diamaor, et qui subit de plein fouet, la concurrence que lui imposent d’autres marques importées ou produites localement. 237online.com Au sortir de 2014, période retenue pour l’étude, le rendement de la production du coton se répartit entre 56% de graines de coton, 40% de cotons fibres et 4% de linters.
Des monopoles improductifs
Pour ce qui est du coton, sa mise en valeur dans le segment textile est l’œuvre de la Cotonnière industrielle du Cameroun (Cicam). Unique filateur industriel local de coton, elle n’exploite qu’une infime partie, soit 2% de la production du coton de la Sodecoton. Le reste de la production est destiné à l’exportation. Créée en 1965 par l’Etat sur financement de la Banque allemande de développement et le groupe textile français DMC, la double mission de cette unité est industrielle et commerciale. Son activité industrielle est répartie sur trois sites : le premier à Garoua où deux usines de filature et de tissage se chargent de la transformation du coton fourni par la Sodecoton. Le résultat de cette activité donne le tissu écru, dont la grande partie est exportée vers l’Europe et des filés de coton. Le deuxième site situé à Douala récupère et traite le reste de tissus écrus de Garoua pour produire les tissus teints ou imprimés. Le troisième site situé également dans la capitale économique du Cameroun produit des éponges à partir des filés de coton livrés par l’usine de Garoua. Concernant le volet commercial de l’activité de Cicam, il s’exerce par l’intermédiaire de sa filiale Newco, rachetée en 1990 au groupe CNF, alors premier client de la Cicam et qui avait décidé son retrait du secteur textile. C’est donc cette entreprise Newco, plus connue sous la marque commerciale Laking Textiles et implantée sur toute l’étendue du territoire national par un réseau de boutiques de vente en gros et au détail qui met à la disposition des consommateurs camerounais des tissus prêts pour la couture auprès des tailleurs qui pullulent dans les rues du pays. 237online.com L’analyse des données du recensement des opérateurs de la filière coton/textile et confection, fait observer que les zones de productions du coton sont les moins pourvues.
Potentiel inexploité
Ainsi, la région de l’Extrême-Nord dispose de 512 unités, toute nature confondue dans cette filière. Soit 3,5% de l’effectif national. Dans la région du Nord où se trouve le siège de la Sodecoton, l’avantage comparatif n’a pas été mis en valeur. Puisque l’on recense 390 unités, soit 2,7% des 14 633 unités répertoriées à l’échelle nationale par l’INS. L’Adamaoua, l’une des terres de production s’en tire avec 765 unités. Alors que les régions du Littoral et du Centre sont celles qui regorgent le plus d’unités. Avec en tête les départements du Wouri (3 390 unités) et du Mfoundi (3 798 unités), où abondent des ateliers de coutures, des merceries et autres confections semi industrielles. Pour ce qui est du poids de cette filière dans l’économie, les chiffres consolidés dévoilent un fort potentiel non exploité. Un chiffre d’affaires de 142,1 milliards FCFA a été généré en 2013, dont plus de 125 milliards FCFA par les moyennes et grandes entreprises et 16,7 milliards FCFA par les très petites et petites entreprises. Les unités de productions impliquées dans différents segments ont employé 66 681 personnes. Ce qui témoigne d’une filière porteur et pourvoyeur d’emplois. Mais, à côté d’un faible taux de transformation de la production nationale, l’on reconnaît aussi une faible compétitivité à l’export et une rude concurrence des produits importés. Les taux d’exportation relativement bas se situent à 16,1% pour les moyennes et grandes entreprises et 0,3% pour les très petites entreprises, dont la production est principalement absorbée par le marché local. En outre, comme le souligne le rapport mis en forme en mai 2015, ces produits locaux font face à une rude concurrence de la friperie, des produits asiatiques et de ceux du Nigeria voisin. C’est la raison pour laquelle, les espoirs sont à nouveau tournés vers l’attente d’une stratégie nationale de développement de cette filière placée en ce qui concerne la production de la matière première sous la tutelle du ministère de l’Agriculture et du développement rural qui depuis décembre 2011 dispose d’un droit de regard sur l’unique unité de production, qu’est la Sodecoton.