Cameroun: L’Université des Montagnes va-t-elle tomber de la montagne ?

Université des Montagnes de Bangangté. Sous les sapins de Mfetoum ou sur les collines de Banekane, ce n’est plus la sérénité des campus universitaires.

Après avoir gagné la bataille de la reconnaissance nationale et internationale, l’UdM a peut-être engagé celle de l’autodestruction. L’Université des Montagnes se porte bien, et l’Association pour l’Education et le Développement qui la porte est sereine, malgré les difficultés de parcours que peut connaitre toute œuvre de création humaine « . Telle est la première phrase d’une  » mise au point de l’AED sur la situation du Pr Kom Ambroise et de messieurs Mogto Hervé ét Djoko Henri  » qui accueille l’internaute qui visite la page web de l’Université des Montagnes de Bangangté ces jours-ci. La structure même de cet énoncé ne suffit pas à dérouter le plus naïfs des lecteurs.
Car dans le meilleur cas, le début de la phrase est une information inutile, car Lapalisse ne demande pas autre chose à une école de formation de médecins, comme les médecins eux-mêmes, que de bien se porter ! Mais

le plus intéressant se trouve dans l’expression  » difficulté de parcours « . La preuve, la suite du communiqué est un texte fleuve de cinq pages. La rédaction de ce texte signé le 9 décembre du Secrétaire général de l’AED emprunte à plusieurs genres : le compte-rendu, l’insinuation, la narration historique, l’accusation, la plaidoirie, la moralisation, la menace… Toutes choses qui attestent que la sérénité clamée n’est qu’apparente et qu’il y a beaucoup de choses qui vont franchement mal dans ce qui ce devenait la pupille de l’environnement universitaire au Cameroun.
Ces derniers jours de décembre aussi, le flot d’informations, dans les journaux, sur les plateaux de télévision ou sur internet est si important que cette  » mise au point  » en rajoute à la confusion. Face à ce qui ressemble à une pièce de tragédie qui se joue encore devant les spectateurs (étudiants, parents, enseignants et toute la chaine solidarité nationale et internationale autour de l’UdM) avec tout ce que cela comporte comme suspens et coup de théâtre, on se limitera ici à quelques faits, gestes ou même arrêts-silences significatifs. L’AED (Association pour l’Education et le Développement), c’est une association enregistrée sous le récépissé de Déclaration N° 23/RD/F36/BAPP du 26 août 1994. Là n’est pas le plus important. Le professeur Ambroise Kom est nommément cité dans l’intitulé du texte et son nom revient dix fois dans la suite ! On suppose donc que c’est un, sinon l’acteur principal de la pièce. Les autres ont pour noms : Lazare Kaptué, Jeanne Ngongang Yonkeu, Paul Gerard Pougoué ; Marie Djuidjeu, Puepi Bernard, Shanda Tonme Jean Claude, Sindjoun Pokam… Bref ce que les bamiléké comptent comme intellectuels post- indépendance.
Détail de taille : la moyenne d’âge de ces vieux est au-dessus de 65 ans… En aout 2015, c’est justement le Pr Kom qui, après 15 ans de séjour aux Etats Unis (il avait quitté l’unversité de Yaoundé au début des années 90) et de retour à l’UDM, écrivait à  » ses amis « d’hier pour constater que cette institution était à un  » moment délicat et inédit « . Après leur avoir rappelé les circonstances de la gestation et de naissance de l’UDM,  » projet d’université privée portée par la société civile camerounaise « , il précisait qu’elle avait ouvert ses portes en 2000 avec une cinquantaine d’étudiants. L’objectif était de former, en recherchant toujours l’excellence des étudiants dans les filières innovantes et hautement professionnalisantes. » Entreprise de transformation sociale, l’objectif de ses initiateurs était de puiser dans les capacités imaginatives des Camerounais et de mettre à l’épreuve et surtout à l’œuvre leurs aptitudes à changer le cours de leur histoire. En clair, il s’agissait de tourner radicalement le dos au type de gestion dite à l’africaine en formalisant, pérennisant bref en institutionnalisant la recherche de l’excellence sur des bases transparentes, éthiques et déontologiques « . Le choix de l’imparfait ne pouvait être anodin pour le Professeur féru de lettres. C’était le signe d’un malaise.

DÉCEPTION
C’était il y a six mois. Ce que le texte disait ne répondait pas aux questions qu’il suscitait et qu’il suscite encore aujourd’hui que la crise a éclaté au grand jour. Le Pr Kom, de retour au Cameroun en 2012, après s’être effectivement assis dans son fauteuil de vice-président de l’UDM, a-t-il commencé à vivre au quotidien la  » gestion à l’africaine  » de l’UDM ? Pour ceux qui ont eu la chance de savoir un peu du naturel de l’homme plutôt intraitable sur les principes, il y a lieu de le penser. Les étudiants du Pr Kom de l’ex université de Yaoundé se souviennent qu’il était un des rares enseignants ponctuels, sévère envers ceux de ses étudiants qui ne comprenaient pas vite, plutôt dur envers ceux qui avaient de la peine à suivre (hélas, ils étaient plutôt nombreux). Transposé dans le cadre d’une grosse machine comme l’UDM, attelée à une association dela  » société civile « , fut-elle l’AED, ces éléments de caractère peuvent très vite pousser à la déception. Dit autrement, il se peut que ce qui se joue actuellement autour du Pr Kom à l’UDM soit le drame du héros à cheval sur les grands principes qui va vite, laissant le gros de la troupe derrière. Cette troupe est plutôt une faune bigarrée de fonctionnaires retraités ou aigris du parti-Etat, d’hommes d’affaires avides de gain, de calculateurs qui ont longtemps attendu leur  » heure « . Bref, tout ce qu’un Etat mal gouverné a pu façonner en 50 ans d’indépendance, la quelle indépendance est survenue quand la plupart d’entre eux avaient entre 20 et 25 ans ! Cette troupe a donc eu le loisir de conspirer ou tout au moins de tisser la toile pour l’attacher.
La preuve ?  » Le but de cette agitation tous azimuts et malveillante, orchestrée par le Professeur Ambroise Kom et ses complices connus et inconnus, est de rendre l’UdM ingouvernable, pour les responsables actuels, aux fins de s’approprier l’Université des Montagnes « , lit-on dans la fameuse mise au point. On frémit si jamais la langue coloniale permet de dire quelque chose de sensé. Et on se demande ce que ces gens avaient de commun au début du projet. Peut-être étaient-ils tous des bamiléké plus ou moins lettrés, juste différents de leurs frères commerçants par leur activité, mais tous
calculateurs et à l’égoïsme légendaire. Comment le Pr Kom pouvait-il l’ignorer ? Mais il y a plus :  » Certes, dans les fautes de comportement comme l’indélicatesse ou de malversations financières reprochées (sic) au Pr Kom et ses amis, fautes qui ont induit de nombreux et graves dysfonctionnements de l’UdM, et entrainé des menaces d’implosion pour l’ensemble de l’AED et ses projets, il y en a qui auraient pu et peuvent encore exposer les intéressés à des poursuites judiciaires…L’AED et l’UdM paient aujourd’hui à travers ces froides manœuvres de déstabilisation, le prix de la naïveté de leurs dirigeants d’avoir pensé qu’intellectuel de son état, et membre fondateur de ces structure, le Pr Kom ne pouvait se livrer à une  » politique de la terre brulée « , parce qu’il est tombé sous le coup des règles du jeu qu’il a fixées avec les autres « . Ouf !

BATAILLES JURIDIQUES
Le 7 août 2015, Conseil d’Orientation de l’AED a prononcé contre le Pr Kom une suspension de 12 mois de ses fonctions de vice-président de l’UdM. Entre autre motifs, il aurait transporté ses affaires personnelles dans un container appartenant à l’institution. Les indiscrétions disent que c’est plutôt une pratique partagée sur les montagnes de Banekané…Mais tout de même, sauf à avoir la mémoire sélective, il y a des choses que l’on ne doit pas dire dans une institution de formation de la génération qui doit prendre la relève et qui se veut sérieuse. Qui peut prétendre aujourd’hui que le Pr Kom a faim ? Et le Pr Lazare Kaptué, est-il un nécessiteux ? Faut-il que ces hommes qui ont fait rêver une génération de Camerounais descendent dans la fange hideuse de la boue pour débattre des différences de vision au sujet de l’évolution d’une institution qui devait de toute façon vivre sa crise de croissance comme toute organisation ? On parle aujourd’hui à l’Udm de  » lutte de camps « , de  » menaces de mort  » et tutti et quanti, entre des personnes qui normalement devraient diriger ce pays !
La pièce a connu des accélérations ces derniers jours. Le 4 décembre 2015, après une bataille devant les tribunaux de Bangangté, une assemblée générale de l’AED s’est tenue à l’UdM. De nouveaux visages ont fait leur entrée au Conseil d’Orientation de l’AED. Pour sa part, le Pr Kom a fait servir le 30 novembre 2015 une citation directe à MM. Henri Njomgang, Tchuisse Jean Gilbert, Mme Ngongang Yonkeu Jeanne et au Pr Lazare Kaptué pour  » usurpation de fonction, complicité d’usurpation de titre, diffamation et complicité de diffamation « . La première audience devrait s’ouvrir devant le tribunal de Yaoundé Ekounou le 16 décembre 2015. Décidément, l’UdM a décidé à descendre de la montagne !