Jean-Pierre Bekolo: Prime à l’avant-gradisme

Le réalisateur camerounais auteur des films « Quartier Mozart » et « Les saignantes », a reçu à Amsterdam le Prix Claus pour son côté novateur dans le cinéma.

Créativité, résistance et irrévérence. Des termes forts et sans détour lancés en septembre dernier par les membres du jury Prince Claus aux Pays-Bas, dans le descriptif du lauréat camerounais Jean-Pierre Bekolo. Le 2 décembre dernier, le Prince Constantin des Pays-Bas lui a remis sa distinction ainsi qu’à d’autres lauréats issus de diverses nationalités. Le cinéaste prolifique, dans son œuvre, voit son approche innovante du 7e art récompensée. Derrière sa caméra, Jean-Pierre Bekolo visualise le cinéma autrement.

De son imagination « without borders », des films inoubliables et des documentaires (miroirs de sa vision des grands hommes) sont extirpés. Grâce à son toupet, une vie banale dans un coin populaire et populeux de la capitale prend des allures d’intrigue surprenante avec « Quartier Mozart » (1992). Plus risqué et moins politiquement correct « Les Saignantes », sorti en 2007 et Etalon d’argent du Fespaco cette même année. Même quand il touche aux films documentaires, Jean-Pierre Bekolo ne fait pas d’impasse à l’insolite, comme avec « A la recherche d’Obama perdu », projection des convictions d’un quadragénaire persuadé des origines camerounaises du président américain Barack Obama. Quelques esquisses qui présentent le monde selon Jean-Pierre Bekolo.

Cette originalité n’a pas laissé indifférente la fondation hollandaise Prince Claus à l’initiative de cette distinction, que le réalisateur de 49 ans considère comme le « Prix Nobel dans les arts pour les non-Occidentaux ». Le Prix du Prince Claus est une distinction néerlandaise créée en 1996, tenant son nom de Claus von Amsberg, un aristocrate allemand devenu prince consort des Pays-Bas après son mariage avec la princesse héritière Béatrix. Ce prix honore des personnalités et des organisations reflétant une approche contemporaine et progressive sur les thèmes de la culture et du développement. Les nominations sont effectuées par un jury d’experts. Cette année, les 11 lauréats dont le réalisateur camerounais et la principale gagnante, la photographe iranienne Newsha Tavakolian, sont les heureux rescapés d’une pré-liste de 38 candidats.