Opération Epervier. Edgard Alain Mebe Ngo’o :Golden boy en zone de turbulences

Deux mois après sa mutation aux Transports, l’ex-ministre de la Défense est en passe d’être happé par le rouleau compresseur.

Vendredi dernier, l’actuel ministre des Transports, Edgard Alain Mebe Ngo’o a été entendu dans son cabinet par le colonel Nsom, mis en mission par le secrétaire d’Etat à la Défense chargé de la gendarmerie, Jean Baptiste Bokam. L’audition a été menée sur «haute instruction du président de la République», au sujet d’un décaissement de 315 millions Fcfa mis à la disposition du directeur du Centre interrégional de coordination pour la sûreté maritime dans le golfe de Guinée. Cette somme d’argent n’a pas été reversée entièrement. Le contre-amiral Jean Mendoua, chef d’état-major de la marine est au centre de la manœuvre de distraction présumée de ces fonds destinés au Centre dirigé par le colonel sénégalais Abdourahmane Dieng.
Selon les explications de cet officier sénégalais, âgé de 51 ans, l’affaire se noue lorsque le contre-amiral Mendoua le convoque à son état-major situé au lieu-dit intendance. L’officier-général camerounais sort d’un tiroir de son bureau une feuille de papier qui organise la distribution d’une somme d’argent : «Cabinet du contre-amiral : 232 millions Fcfa (Jean Mendoua), Centre interrégional de coordination : 77. 751. 000 Fcfa (colonel Dieng). Cette somme décaissée spécialement par la présidence de la République représentait la participation du Cameroun pour la mise en place dudit Centre.

On peut donc comprendre la colère de Paul Biya. Comment une opération pareille a-t-elle pu se dérouler à l’insu de Mebe Ngo’o, l’ex-ministre de la Défense ? Sans doute on ne sait pas encore le contenu du procès verbal de son audition de vendredi dernier, mais cet acte, s’il a été réellement ordonné par le chef de l’Etat, est un mauvais présage pour cet administrateur civil principal, dont l’implication dans ce scandale n’est pas encore avérée. On pourrait l’interpréter comme une crise de confiance entre «le père» et le «fils». Le rouleau compresseur semble déjà en branle. La suite pourrait être inquiétante pour celui qui a souvent été aperçu dans les écrans-radars de la succession de Paul Biya, au sommet de l’Etat.

Né à Sangmélima dans la région du Sud le 22 janvier 1957, Edgard Alain Mebe Ngo’o pourrait subir d’autres auditions sur d’autres affaires, selon des sources généralement bien informées. Malgré ses exploits à la police, «le golden boy de Zoétélé» aurait laissé des empreintes compromettantes au Mindef qu’il a dirigé pendant près de sept ans. C’est lui qui a piloté le juteux contrat d’achats d’armes pour la guerre contre Boko Haram. L’affaire d’achat d’hélicoptères de combats ukrainiens par ses soins a également fait grand bruit dans le sérail. Tout comme l’achat des véhicules de combats et de transport de troupes. Sans oublier le dossier sur la digue de Maga. Homme «bling-bling», raffiné, féru de Mercedes et reconnu comme un impénitent bosseur, l’ancien préfet du Mfoundi n’ignore pas les secrets de la broyeuse judiciaire dénommée Epervier, pour avoir vu passer les dossiers de Titus Edzoa, Yves Michel Fotso et d’autres pontes du régime.

Muté au Transports le 2 octobre dernier, Edgard Alain Mebe Ngo’o traverse actuellement une zone de turbulence qui pourrait se transformer en chute libre, tant ses « ennemis » y vont à fond. L’ancien directeur du cabinet civil de la présidence de la République semble surtout payé le prix de son penchant à l’ostentation, dans un système où le « chef » ne supporte pas qu’une de ses « créatures » lui fassent ombrage. Dans un environnement kafkaïen  où le prince ne veut pas voir ses « créations » se raser le matin en pensant lui succéder ou en se parant d’un costume présidentiel par divers procédés, il faut sans doute marcher sur des œufs.