Sauvons le lac Tchad

Sur la tribune la plus appropriée, la conférence des Nations unies sur le climat ou COP21 réunie à Paris, devant un parterre de chefs d’Etat et d’autres décideurs venus négocier un accord sur l’avenir de la planète Terre et l’avenir de ses populations, le président Paul Biya a lancé une fois de plus avec force un double appel : nous devons sauver les forêts du bassin du Congo ; sauvons le lac Tchad.

Le bassin du Congo, second poumon de la planète après l’Amazonie en Amérique latine et le lac Tchad, sont deux illustrations saisissantes mais pathétiques, en Afrique centrale, des graves enjeux des changements climatiques, du développement socio-économique, de l’avenir des populations des pays concernés et de celui de l’humanité.

Arrêtons-nous sur la situation du lac Tchad. L’insécurité créée dans la zone éponyme par le groupe terroriste Boko Haram et ses conséquences tragiques ont aggravé les problèmes générés par l’assèchement du lac et rendent encore plus pressante la nécessité de le sauver. L’appel au sauvetage du lac Tchad est récurrent, mais, il a été jusqu’à présent écouté poliment, sans suite. Il en fut ainsi, à titre illustratif, des appels lancés à la conférence des Nations unies pour le développement durable, à Rio+20.  Devant cette tribune internationale, en 2012, le chef de l’Etat, par la voix de son représentant, faisait une proposition audacieuse : la formation d’une coalition de partenaires publics et privés sous l’égide des Nations unies pour la mise en place d’un plan de sauvetage du lac Tchad. A ces appels se joignent souvent ceux des chefs d’Etat des autres pays limitrophes du lac Tchad. Il faut  faire face à l’assèchement du lac que l’Organisation mondiale de l’Agriculture (FAO) a décrit en 2008 dans son rapport annuel comme « menace d’une véritable catastrophe humaine et écologique ».

Les réalités sont, en effet, cruelles. Le lac Tchad a perdu 90% de sa superficie en 50 ans  environ. Celle-ci était de 25 000 km2 en 1963, elle avoisine à peine 2000 km2 actuellement. Les scientifiques ont expliqué cette dégradation par deux raisons. En premier lieu, le réchauffement climatique. Les prévisions américaines de la NASA, à l’orée de l’an 2000, sont alarmantes à cet égard. Si le niveau d’eau consécutif au réchauffement climatique continue de baisser, le lac  Tchad aura disparu dans une vingtaine d’années, soit autour de 2020 ! En second lieu, la pression démographique galopante. Plus de 30 millions de personnes vivaient autour du lac, ainsi que le long des sources d’eau que sont les fleuves Logone et Chari,  il y a dix ans. Elles pratiquent l’agriculture, l’élevage et la pêche. Dans ce contexte, les sols se dégradent continuellement, les pâturages sont asséchés, les cheptels de bovins, d’ovins et de caprins se réduisent, entraînant des conflits entre éleveurs et agriculteurs. Quant au poisson, il n’y en a plus assez. Les exactions de Boko Haram aggravent tous ces maux, créent l’insécurité et l’instabilité  autour de ce lac indispensable à la vie et à la biodiversité.

Pourtant, au fil des ans,  les Etats riverains ont vu venir nombre de ces problèmes. Voilà pourquoi le Tchad, le Cameroun, le Niger, le Nigéria et la RCA, d’ailleurs rejoints plus tard par la Libye de Mohammar Khadafi, ont créé en 1964  la Commission du Bassin du lac Tchad. De nombreux projets ont vu le jour pour sauver le lac. Notamment celui, ambitieux, dénommé « Projet-phare Transaqua » consistant à détourner les eaux du fleuve Oubangui pour alimenter le lac Tchad.  La complexité des problèmes politiques, financiers et techniques posés l’a confiné  dans les tiroirs jusqu’à ce jour. Voici le problème à nouveau posé sur la table des négociations à COP21. Les pays de la CBLT, avec le soutien des autres pays africains et des pays développés eu égard aux richesses du sol et du sous-sol des pays de la zone du lac Tchad, doivent le prendre à bras le corps dans la perspective de son inscription dans le cahier des charges de la survie de l’humanité. Voilà pourquoi, le président Paul Biya, dans une tribune publiée dans le cadre de la conférence de Paris, insiste sur une urgence : le temps d’agir, c’est maintenant.