Cameroun : Attaques terroristes, les activités commerciales troublées

Les principaux effets observés dans ce secteur sont importants.

La fermeture des principales voies d’accès à la frontière à Amchidé et Fotokol dans la région de l’Extrême-nord, et Garoua-Boulaï dans la région de l’Est, et la fuite des populations exposées à la présence des groupes armés, ont des conséquences néfastes sur l’activité commerciale. Les effets y relatifs sont de grande ampleur. On cite dans un premier temps la raréfaction des produits en provenance du Nigeria, notamment les motocyclettes, les pièces détachées, les boissons gazeuses, les boîtes de conserve, les tissus de pagne, les détergents et produits cosmétiques, les produits plastiques, les produits pétroliers, les engrais, les matériaux de construction (ciment, feuilles de tôle, les fers à béton, etc.), les appareils électroniques et l’électroménager.

Ensuite, on note les difficultés d’écouler certains produits à destination du marché régional principalement destinés au Nigeria, au Tchad, en Rca, voire en Libye. Ces produits qui sont également consommés localement, comprennent les produits agricoles (les céréales, les tubercules, les oignons, l’ail, les fruits, le riz paddy, les légumineuses, etc.), les produits d’élevage (bovins, petits ruminants, volailles), les produits de la tannerie, le riz importé, les savons, le poisson séché, les peaux animalières. S’y ajoutent les produits à vocation à la réexportation ou en transit (riz, sucre, viande).Ce qui a surtout entrainé une baisse des prix des denrées alimentaires et des produits de l’élevage engendrant une diminution des revenus des agriculteurs et des éleveurs. Cette menace pourrait se traduire à terme par un désinvestissement, notamment dans les segments à forte intensité capitalistique (embouche bovine).

Autre effet observé, l’aggravation du déficit des capacités de transformation qui handicape le développement du commerce intérieur, notamment vers la partie sud du pays. Pour le cas particulier du riz, la Semry avec des capacités de décorticage très limitées, est confrontée à un afflux de riz paddy dont l’essentiel était exporté vers le Nigeria. De même, en ce qui concerne la filière bovine et ovine, les capacités des industries animales (abattoirs) sont également saturées, mettant en relief le récurrent problème de conditionnement et de conservation. Les experts pensent dans la même veine des pertes de crédits en marchandises accordés à certains clients qui sont tombés en faillite ou décédés suite aux affrontements armés. Ce problème est plus important chez les grands distributeurs où plus de 50% des clients proviennent de la Centrafrique pour la Région de l’Est, et du Nigéria pour les Régions septentrionales.

Activités agropastorales.

Dans la région de l’Extrême-Nord, l’activité de distribution et d’approvisionnement des marchés notamment dans les zones de grandes consommations est rendue difficile du fait de la mesure interdisant la mobilité des motocyclettes. Dans ce chapitre, l’on constate l’entrée massive des cheptels aussi bien du bovin que des petits ruminants en provenance des zones frontalières, du Nigeria et de la Centrafrique. Cet afflux des troupeaux a engendré de nombreuses difficultés parmi lesquelles : la recrudescence des conflits agriculteurs-éleveurs et éleveurs- éleveurs, du fait non seulement de la destruction des plantations par le bétail, mais également par la violation de certains pâturages privés ; l’accroissement du risque de transmission des maladies bovines et le retour de certaines maladies bovines déjà éradiquées au Cameroun; le surpâturage du fait de l’accroissement sensible du cheptel dans les localités frontalières ;l’occupation des espaces protégés notamment la réserve du Mberé ; le vol du bétail.

De même, les attaques des locaux et autres infrastructures des  centres des pêches et centres zootechniques (Bargaram dans la région de l’Extrême-Nord), fragilisent le suivi et l’encadrement des activités pastorales et halieutiques. De plus, l’on enregistre un afflux massif des bétails en provenance des localités concernées et des vols de bétails et autres vivres subis par les populations régulièrement attaquées dans ces zones frontalières des régions de l’Extrême-nord. En matière de production agricole, ce secteur connait des influences de la crise liée aux groupes armés au Nigeria et en Centrafrique à travers notamment l’abandon des exploitations par les agriculteurs, la destruction des plantations par l’afflux du bétail et les difficultés d’accompagnement et de suivi des planteurs.