Cameroun – Rdpc: Entre renouveau et grincements de dents

Les opérations électorales à la base du parti au pouvoir ont une fois de plus été émaillées de nombreuses irrégularités.

La liesse de l’élection du nouveau président, M. Abouna, de la section du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc) du Mfoundi 1, à Yaoundé, contraste avec le vent de contestations qui traversent le parti au pouvoir sur fond de requêtes dénonçant la corruption, les manipulations, fraudes en tout genre ayant émaillées le processus électoral à la base dont les opérations sont en cours de bouclage. C’est ainsi qu’on a pu lire: «Non à la corruption», «Respectons la circulaire du président national» ou encore «non à l’achat des consciences».
Dans la localité d’Elig Mfomo (dans le département de la Lékié, région du Centre), par exemple, le dépouillement du vote a viré à l’affrontement entre le maire et le député Luc Koa. Une situation qui a failli aboutir à une bagarre rangée, n’eussent été les interventions de la commission communale en charge du processus, soutiennent les témoins, verrouillé par Luc Koa dont

les tentatives de fraudes ont été fortement dénoncées par des adversaires aux aguets.
Toujours dans le département de la Lékié, battue y compris dans son propre village, au terme des élections fortement disputés par un écart de plus de 2000 voix, la tête de liste Faustin Mvogo a, dans une abondante requête déposée au Comité central du Rdpc, dénoncé la fraude dans certaines sous-sections.
Dans l’arrondissement de Yaoundé VII, les militants sont sortis, pancartes en mains, pour fustiger la manière dont le processus de renouvellement des organes de leur parti se déroule. «Dans la section Nord Makombé, le processus a simplement été interrompu par l’autorité administrative locale, suscitant l’indignation de certains candidats. De même qu’à Yaoundé II où les élections ont été annulées», a déclaré à la presse la semaine dernière, une élite et animateur politique du coin. Dans le même ordre d’idées, dans le département du Mbam et Inoubou (dans la région du Centre), des militants ont séquestré le véhicule de fonction du sous-préfet de Ndikinimeki accusé d’immixtion et trafic d’influence en faveur de l’un des candidats.
D’après des militants du Rdpc de la section Vina Sud 2 le trafic d’influence et la fraude étaient également au menu du renouvellement des organes de base dans cette partie du pays. C’est ainsi que les militants ont saisi le secrétaire général du Comité central du parti le vendredi 20 novembre 2015, d’une correspondance au vitriol pour pourfendre les méthodes à la fois de certains candidats. Mais aussi des cadres chargés de conduire le processus.
Treize présidents de sous-section et 45 militants ont signé le document d’une page adressé au secrétaire général du Comité central du «flambeau ardent», Jean Nkuété. Dans leur mémorandum, ces élites du Rdpc de Ngan-Ha dénoncent, entre autres, Nana Missa, le maire de la commune et candidat à la section Rdpc, le député Ali Bachir, Amadou Abbo Issa, chargé de mission du comité central du Rdpc et Halidou Bello, le vice-président de la commission communale de renouvellement des organes de base du Rdpc à Ngan-Ha.
Tribalisme
«Au nom de l’ethnie Dii, ils déclarent partout que notre communauté a tant souffert et que la section Rdpc présidée par l’un de ses fils ne doit pas leur échapper. Ils multiplient les manœuvres de déstabilisation de notre candidat, le nommé Hamidou Emmanuel, affirmant qu’il est un espion des Mboum et des peulhs. Des actes que nous dénonçons. Nous voulons d’un Rdpc sans tribalisme à Ngan-Ha. Où Mboum, Dii et Peulh vivent en harmonie», écrivent-ils.
Approchés, Halidou Bello affirme avoir, pour sa part, «conseillé le consensus» ; tandis qu’Amadou Abbo Issa, le chargé de mission, a nié les faits. «Je n’ai jamais agi en dehors de mon mandat de chargé de mission. Je sais aussi que ce document est l’émanation des membres de ma communauté. C’est le travail d’un groupe de Dii au sein de notre parti. Je ne suis pas un tribaliste». Le député Ali Bachirde son côté dit ne rien savoir des faits allégués.
A plus d’un millier de kilomètre de là, après avoir démissionné de son poste de secrétaire de la sous-section Ofrdpc de Zoetélé ville pour briguer un poste au sein du bureau de la section, Mme Ebanga née Nyangono Bilanda a vu son nom disparaître de la fiche collective de candidature à la section Ofrdpc, au profit de ceux de trois autres candidates qui pourtant détiennent d’autres responsabilités dans d’autres organes, au mépris des instructions du parti. L’affaire fait des vagues.
A la suite de cette injustice, elle a saisi le président de la Commission communale de renouvellement du Dja et Lobo 2, à Zoetélé (région du Sud), aux fins d’une redistribution des cartes politiques dans l’arrondissement. «Je viens de constater sur la liste le cumul de deux militantes qui occupent des places dans leurs sous-section d’origine. Il s’agit de Avezo’o Amougou qui occupe un poste dans son Comité de base à Ngolbang, Mbengono Cécile même chose. Or, les dispositions du règlement interne de notre parti interdisent les cas de cumul», écrit-elle dans sa plainte.
En effet, selon les fiches de candidature à la sous-section de Mekak Ngougoumou dont Repères a pu s’en procurer, Cécile Mbengono est déléguée aux conflits et aux organisations spécialisées, tandis que le nom Mme Avezo’o Amougou ressort comme déléguée à la communication du Comité de base Ofrdpc de Ngolbang-Ayanga dans une autre liste. A ces deux noms cités dans la requête, s’ajoute celui de dame Meyabehe Zang, qui fera office de trésorière de la section, si la liste litigieuse venait à être votée, alors qu’elle occupe le poste de présidente de la cellule Ofrdpc d’Elang, dans la sous-section éponyme. Des incongruités relevées dans cette requête, qui ont amené le président de la Commission communale à renvoyer le vote initialement prévu le 14 novembre dernier. Le 24 octobre déjà, d’après L’œil du Sahel, c’est à une véritable réunion de crise que la section Rdpc du Mayo-Louti Centre a été conviée à la permanence du parti de Guider. A l’initiative du président de la section, Harouna Nyako, qui réagissait lui-même à plusieurs soupçons de fraude des opérations de renouvellement des organes de base, la réunion avait un seul point à l’ordre : La circulation de plus de 20 000 cartes de membres du Rdpc dans sa circonscription politique. C’est du moins, ce qui a filtré de la rencontre à laquelle prenaient part tous les présidents des comités de base, de sous-section et des sections du Mayo-Louti Centre, ainsi que  les membres des bureaux de l’Ojrdpc et de l’Ofrdpc.
«Notre attention a été attirée sur la circulation de plus de 20.000 fausses cartes de membres du Rdpc dans notre circonscription politique. Je l’ai dit à la réunion, je n’ai déchargé que 6.000 cartes au niveau du comité central. Comment cela se fait-il que plus de 20.000 cartes soient en circulation ici?», s’interroge Harouna Nyako.
Le département de l’Océan (Sud) n’est pas en reste. Ici également, les instructions du président national, contenues dans la circulaire du 27 juillet 2015 qui parlent de «rejet de toute forme de trafic d’influence et d’envahissement de l’argent» n’ont pas été respectées, notamment à «Kribi 1er, Kribi 2 ou encore à Nyété» où l’on pointe du doigt le ministre Jules Doret Ndongo.
Les accusations sont formulées par d’autres noms bien connus du département à l’instar du député Martin Oyono. «A Nyété par exemple, Jules Doret Ndongo, a fait organiser les élections en faveur du président Bengono, qui a reçu les instructions de prendre tout le monde de court». D’après les plaignants, «les opérations de vote prétendues» ont été organisées en l’absence des électeurs.
Au secrétariat général du Comité central du Rdpc au pouvoir, le secrétaire général adjoint du Rdpc, Grégoire Owona, promet des sanctions contre des fauteurs de troubles. «Du déjà entendu», rétorquent des camarades incrédules.