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AN 32 DU RENOUVEAU : UN CONCEPT CREUX ET VEULE.

AN 32 DU RENOUVEAU : UN CONCEPT CREUX ET VEULE.

POURSUIVANT DANS une logique novatrice, le Renouveau va s’articuler sur une vision savamment disséquée dans «Pour le libéralisme communautaire», sorte de livre de chevet qui devait donner le la, de l’implémentation de la vision à la fois futuriste et pragmatique à souhait. Mieux, se fondant sur la libéralisation progressive de l’ensemble de la vie sociopolitique et économique, on croit alors disposer d’un puissant catalyseur pour la pleine réalisation des objectifs de croissance induite, dilution des maux inhibiteurs que sont la corruption et la gabegie et surtout les restrictions des libertés individuelles et collectives.

Si pour le dernier point on a assisté à une avancée réelle avec la fin de la cooptation politique, on aura néanmoins entretenu pendant quelques années encore, le parti unique rendant ainsi difficile, la mutation vers la démocratie. Au point que, quand le multipartisme est instauré, il n’est en réalité qu’une parodie de démocratie au forceps avec des incongruités et incohérences criardes qui ont fait de la politique, le tremplin par excellence pour accéder au-devant de la scène. A preuve, plus de deux cents formations politiques ont ainsi été créées sans base dogmatique aucune, si ce n’est la coloration sociologique de leurs promoteurs respectifs. Pire encore, la naissance du Rdpc sur les cendres de l’ex-parti unique l’Unc, en a fait une excroissance du gouvernement faisant ainsi dire aux nombreux observateurs de la scène sociopolitique camerounaise qu’il est un parti-état.

Enlisement préjudiciable

Si de nombreux facteurs exogènes ont quelque peu compromis à l’essence la réalisation des objectifs du Renouveau, il reste néanmoins constant que ceux commis autant pour l’élaboration de la vision globale du pays, que pour leur implémentation auront pêché par une mésestimation des enjeux réels attachés à la pleine réalisation de ladite vision. Dès lors, le Renouveau s’est enlisé dans des atermoiements en ce qui concerne sa mise en oeuvre effective. Pourtant, ce n’aura pas été faute pour le pays de disposer fort à propos de moyens probants tenant entre autres de ressources multiformes en quantité et qualité requises.

En somme, cette déplorable situation est à imputer au déphasage entre le discours politique et la réalité sur le terrain. Suffisant pour engendrer de réelles frustrations chez les populations au point de faire dire à celles-ci que le Renouveau, n’est en réalité qu’un véritable ramassis démagogique commis pour les entuber et pire, pour les asservir. A preuve, à aucun moment, il ne s’est imposé des amendements intégrant les récriminations à son encontre.

Au contraire, on se  sera plutôt employé à trouver des justificatifs fallacieux pour son incapacité à s’arrimer au discours politique qu’il émit lui-même. En somme, on aura inéluctablement fait la part belle à la démagogie tant il est constant qu’on semblait davantage répondre à des situations singulières et généralement électoralistes au moment d’édicter quelque vision politique globale. Surtout qu’on ne sera guère entouré de garanties probantes pour assurer la mise en oeuvre effective des déclinaisons opérationnelles qu’induisait ladite vision.

Plus grave, faisant fi des échecs de fait de visions originelles du Renouveau, on a tôt fait de lui accoler de nouvelles dénominations toutes aussi creuses que sont les Grandes Ambitions muées en Grandes Réalisations. Pourtant, il aurait suffi à chaque fois d’une remise en cause, pour explorer des approches opérationnelles mieux à même de diluer les risques d’échec. Mais au-lieu de cela, on se sera simplement contenté de balayer d’un revers de la main les récriminations à son encontre, non sans désigner pour ce faire des aigris et autres nostalgiques comme étant à l’origine des échecs itératifs du régime ou plus exactement du Renouveau.

Braqué et déterminé à s’imposer malgré tout, celui-ci a perdu toute lisibilité, promouvant ainsi une perpétuelle navigation à vue, quitte à y adjoindre des replâtrages pour essayer d’en rattraper les dérives opérationnelles. Et dans cet embrouillamini pourrait-on le qualifier, les zélateurs du régime ne s’offusquent guère d’entretenir la démagogie en clamant des avancées, quand bien même il y aurait plutôt un recul à bien d’égards. A titre d’illustration, notre assujettissement au programme d’ajustement structurel est révélateur de cet état de fait. Ce d’autant plus qu’avant d’y être astreint, certains des mêmes zélateurs clamèrent qu’une telle éventualité n’était point envisageable pour le Cameroun.

Dans cette même logique, les réformes structurelles engagées depuis peu tiennent davantage des pressions exercées sur le gouvernement qu’à quelque volonté politique affirmée. A preuve, certaines de celles-ci continuent de se faire attendre, grevant dangereusement la symbiose des articulations devant octroyer au document de stratégie pour la croissance et l’emploi, toute sa pertinence et son bien fondé. Avec de tels dysfonctionnements, on comprend pourquoi l’on continue de tergiverser, plus de trente ans après sur la vision la mieux à même de traduire les aspirations légitimes des populations en réalisations concrètes et ce, sur tous les plans. Et sauf de s’obliger à une profonde refondation, le Renouveau aura du mal à présenter un bilan probant au terme de son règne.

 

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