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20 Mai 2014 – Interview de Woungly Massaga, Homme politique et nationaliste Camerounais: "Le Cameroun est une véritable bombe à retardement"

20 Mai 2014 – Interview de Woungly Massaga, Homme politique et nationaliste Camerounais: « Le Cameroun est une véritable bombe à retardement »

«Le Cameroun est une véritable bombe à retardement, je suis surpris d’autant plus que les Camerounais eux-mêmes ne s’en rendent pas compte. Il y’a un culte excessif de la personnalité dans ce pays-ci, au point où Biya apparaît quasiment comme un demi-dieu. Nos fameux intellectuels manquent de vision, la plupart d’entre eux sont dans la logique de l’après-Biya.»

A la veille de la commémoration du 42ème anniversaire de l’avènement de l’Etat Unitaire, Ngouo Woungly Massaga, alias commandant Kissamba nous a accordé un entretien à bâtons rompus, sur plusieurs faits d’actualité. Au menu de notre entrevue, le phénomène Boko Haram, le mini sommet de Paris sur la sécurité, l’armée, l’opposition, l’opération épervier, l’après Biya et surtout le congrès unitaire et inclusif de l’UPC.

Monsieur Woungly Massaga, vous êtes une légende vivante des mouvements de libération qui ont symbolisé le siècle dernier, vous avez notamment combattu aux côtés d’Ernesto Che Guevara à Cuba, vous fûtes également en Angola… comment voulez-vous qu’on vous appelle aujourd’hui au soir de votre vie, commandant Kissamba, Monsieur le patriote ou révolutionnaire ?

Je suis tout à la fois, tous vos qualificatifs me siéent parfaitement. Je suis en même temps patriote, révolutionnaire, nationaliste, internationaliste et j’ajouterais même traditionaliste. Je sais qu’un patriote doit servir son pays jusqu’au dernier souffle, c’est pour cette raison que les gens s’étonnent souvent, de ce que malgré mon âge avancé, je continue toujours à m’occuper des affaires de ce pays. Voyez-vous ! J’ai commencé à lutter à l’âge de 19 ans, pour tous ceux des jeunes Kamerunais qui ont le sens patriotique, je ne peux que continuer à les former et à promouvoir les idéaux de l’amour du pays. Mon ambition a toujours été de former des cadres.

Président Woungly Massaga, on vous a, à la faveur de l’avènement du multipartisme connu comme leader de parti politique… où est passé le PSPUPC ?

C’est de l’histoire ancienne tout ça ! J’ai intégré le PSPUPC dans l’Upc en 1994, année à laquelle j’ai commencé à lutter pour l’avènement d’un congrès unitaire. Je fus d’ailleurs l’un des initiateurs du congrès de 1996, quoique je l’aie par la suite désapprouvé.

Vous êtes contestataire par tempérament, les faits ne le démentent pas commandant Kissamba…

Merci de me le rappeler, il y’a longtemps que je ne m’en étais pas rendu compte. Je disais donc tantôt que malgré ma désapprobation, j’avais néanmoins demandé à Louka Basile et à feu Papy Doumbè de me permettre de former les cadres du parti, mais surtout de lancer notre journal : « La voix du Kamerun ». Malheureusement, ils ont estimé que j’étais trop gourmand.

Le président Biya revient de Paris où il a pris part à un mini sommet sur la sécurité. Il s’agissait pour le président François Hollande de définir une politique Africaine commune de lutte contre la secte Islamiste Boko Haram, dites-nous quelques mots à ce sujet ?

J’ai des conceptions révolutionnaires particulières, en tant que traditionaliste j’ai le devoir de dire la vérité. Quand un jeune homme Nigérian avait tenté de détourner un avion Américain, j’ai commencé à écrire un livre sur l’Afrique et sur l’intégrisme Islamique. Là-dedans, c’était l’occasion pour moi d’alerter l’opinion nationale et internationale sur le fait que les populations Africaines pouvaient servir de terreau fertile aux idéologies comme le Djihad. Il était donc pour cela question, de sensibiliser et de mobiliser les populations et surtout les jeunes, afin qu’ils ne se laissent pas facilement embrigader. Dans ce même livre, j’attirais également l’attention de nos populations sur le problème des sectes, et notamment sur la Franc-maçonnerie, j’y décrivais notamment quelques rites initiatiques, je parlais également de l’impact qu’a eu cette société sécrète dans l’essor de l’Europe, en particulier et de celui de l’occident en général.

Avez-vous connu l’expérience de cet ordre initiatique, je veux parler de la Franc-maçonnerie ?

Non ! Jamais…

Lorsque vous avez parlé des rites initiatiques, nous nous sommes dit que vous parlez en connaissance de cause…

Je n’ai jamais été Franc-maçon ! D’autant plus que je suis un traditionaliste profondément attaché à sa culture «Ngoumba», les traditions Africaines abondent d’ailleurs en richesses et autres trésors secrets. Certains d’entre eux étaient clairement mis en exergue dans cet ouvrage, qui n’a malheureusement jamais paru. A l’époque, une association qui voulait publier le manuscrit m’avait proposé deux chèques de 5000 Euros, jusqu’aujourd’hui je ne sais de ce qu’il advenu de ce projet d’édition.

On ne vous a pas beaucoup entendu à l’occasion de la mort de l’ex guide Libyen, qui avait apparemment les mêmes convictions anti-impérialistes que vous…

Je suis désolé, mais Mouammar Kadhafi n’était pas une figure de la révolution, dans la démarche de cet homme, il y avait un souci dissimulé d’Islamisation de l’Afrique. Il a utilisé ses pétrodollars pour acheter certains chefs d’Etat Africains, aux fins de les islamiser, le processus était donc censé s’étendre jusqu’aux peuples de ces dirigeants. C’est la raison pour laquelle je n’ai jamais pensé que Kadhafi était le continuateur du projet panafricaniste tel que voulu par Kwamè Nkrumah. Je vais vous raconter une anecdote, j’ai toujours été persona non grata en Lybie, lorsque je suis arrivé à Tripoli en provenance de Cuba, Monsieur Kadhafi n’a pas voulu de moi, sous prétexte que je n’étais pas musulman.

Excusez-moi de passer de la bouteille à l’encre, revenons sur le mini-sommet de Paris, en tant qu’ex combattant, révolutionnaire, pensez-vous que la stratégie commune en cours d’implémentation permettra à bout, d’éradiquer le phénomène Boko Haram ?

C’est une mauvaise approche du problème, le fait même que la France se mette au devant de la scène pour parler des problématiques de sécurité en Afrique est une incongruité.

La France devait-elle rester les bras croisés ?

Ce n’est pas ce que j’ai dit, mais je suis de ceux qui pensent fondamentalement que nous sommes définitivement sortis de l’ère du colonialisme. A ce titre, la démarche du président François Hollande est malvenue. Ce n’est pas parce qu’il a des difficultés sur le plan intérieur qu’il doit utiliser les problèmes de l’Afrique pour se faire une aura. Si nous avons besoin d’aide, qu’il attende qu’on la lui demande, mais qu’il ne vienne pas comme cela s’immiscer dans nos affaires.

Commandant Kissamba, bien que officiellement émancipée depuis 1960, n’oubliez pas que l’Afrique Francophone a parfois et toujours eu besoin de la France, pour régler ses problèmes internes, l’exemple Ivoirien est encore là, pour le certifier…

Laurent Gbagbo n’était pas un révolutionnaire, il a grugé les Africains sur toute la ligne, il pouvait éviter la guerre dans son pays… mais il a préféré entrer en conflit armé contre son propre peuple.

Est-ce que vous ne reprenez pas là, les théories de l’occident sur ce leader qui reste très populaire au Cameroun?

Je suis désolé, mais la révolution ne se fait pas sans éthique et sans respect de la parole donnée, Gbagbo s’est solennellement engagé a quitté le pouvoir, en cas de perte d’élections, ce qu’il n’a pas fait. De toutes les façons, quand Konan Bédié et Alassane Ouattara ont fédéré contre lui, il est clair qu’il ne pouvait que perdre, mais il a voulu s’accrocher au pouvoir comme le font, certains autres présidents Africains. C’est d’ailleurs le cas pour Biya au Cameroun.

Vous avez tantôt évoqué le cas du Cameroun, s’il vous était donné de schématiser en quelques mots, la situation de notre pays ?

Le Cameroun est une véritable bombe à retardement. Je suis surpris d’autant plus que les Camerounais eux-mêmes ne s’en rendent pas compte. Il y’a un culte excessif de la personnalité dans ce pays-ci, au point où Biya apparaît quasiment comme un demi-dieu. Nos fameux intellectuels manquent de vision, la plupart d’entre eux sont dans la logique de l’après-Biya.

Parlons donc de l’après Biya, puisque nous y sommes. L’un de nos récents invités avait affirmé que lors d’une conversation avec des hauts gradés de l’armée, quelques uns lui avaient avoué que si jamais le président disparaissait en cours de mandat, les militaires allaient s’emparer du pouvoir. Il nous avait entre autres, parlé de l’assassinat de certaines personnalités de premier plan comme le président du sénat, successeur constitutionnel du chef de l’Etat, qu’en dites-vous ?

Niat Njifenji Marcel est un camarade de classe, j’ai une grande estime pour lui… mais au-delà de tout, c’est un scénario plausible. Même si ce n’est pas la peine d’assassiner un homme ou des hommes pour arriver au pouvoir. Le projet de prise de pouvoir par l’armée après Biya n’est pas une solution. Pour une armée comme la nôtre, qui n’est déjà pas patriotique et qui est suffisamment corrompue, divisée et tribalisée, cette visée ne peut que conduire le Cameroun vers des lendemains encore plus incertains. J’ai fait des prospections dans ce sens, il y’a quelques années, question de voir si l’armée pouvait prendre le pouvoir, j’ai interrogé quelques gradés, j’ai enquêté dans la troupe, ça Biya le sait, mais il n’a pas réagi. Vous savez ! Tous mes téléphones sont sur écoute, le régime a pris toutes les mesures pour que je sois suivi et épier minute après minute, ça ne me dérange pas, c’est normal ! Au terme de mon enquête, il est fragrant que l’armée Camerounaise, sous sa configuration actuelle ne peut pas conduire le Cameroun à bon port.

Commandant Kissamba, nous ne voulons pas exciter les querelles, entre le général d’armée Pierre Semengué et vous, ni même semer la zizanie, mais dans un documentaire portant sur les luttes d’indépendance, ce haut gradé de l’armée avait affirmé que Woungly Massaga n’est qu’un tigre en carton, que lui répondrez-vous ?

Si on nous met ensemble, et qu’on donne 100 hommes à chacun d’entre nous, Semengué ne tiendra pas, on se connait très bien. Si j’étais aussi fragile, qu’il ne le dit, il y’a longtemps que je ne serai plus de ce monde. Figurez-vous que depuis mon retour au Cameroun, j’ai fait l’objet de plusieurs attaques, sur tous les plans, j’ai subi des épreuves effroyables. Ce n’est pas facile de s’opposer ouvertement et frontalement à Biya dans notre contexte.

Si Paul Biya est resté au pouvoir depuis 32 ans, est-ce que cette longévité ne peut pas être imputable à son savoir-faire politique et au fait qu’il répond encore aux aspirations du peuple ? le Cameroun est en paix…

C’est totalement faux, Biya est de loin le plus fort. Il s’en fout de l’avenir du peuple. Il a exploité la médiocrité de l’opposition, il l’a à dessein vampirisé et zombifié le peuple Camerounais qui baigne dans une espèce d’amnésie collective, mais je l’invite à prendre conscience du fait que la passivité, utilisons plutôt le mot démobilisation populaire comme c’est actuellement le cas au Cameroun, peut être symptomatique, les situations comme celles que nous vivons actuellement, dans ce pays se termine souvent dans des bains de sang.

Que répondrez-vous à ceux qui pensent que les français ne veulent plus du président Biya compte tenu de son âge avancé et de sa longévité au pouvoir ?

Les Camerounais aiment bien faire la politique de la spéculation. Que la France veuille ou ne veuille pas de Biya, ça m’importe peu. Ce sont les Camerounais qui décident et qui décideront de l’avenir de notre pays. Lorsque les Camerounais ne voudront plus véritablement que Biya continue à être président, les français ne se contenteront que d’entériner cette décision en négociant avec le peuple pour la préservation de leurs intérêts. Lorsque le peuple se sera débarrassé de leur agent, la France n’aura aucune autre option, que de se ranger. Il faut d’abord que le peuple prenne conscience du pouvoir qui est le sien.

Est-ce que de telles initiatives de prise du pouvoir par la rue ne sont pas totalement vouées à l’échec, nous avons encore à l’esprit les événements de février 2008 ?

C’est totalement faux, ce régime est branlant et en fin de cycle, je dirais même qu’il est facilement prenable. Avez-vous entendu parler de la révolution Iranienne, l’armée de l’Iran, ainsi que la police politique du vieux l’Ayatollah étaient mille fois plus puissantes que celles du Cameroun actuellement. En février 2008, le régime était aux abois, d’après les informations que nous avons eues, Biya était dos au mur, c’est d’ailleurs la raison pour laquelle il a subitement procédé à la revalorisation des salaires des fonctionnaires, alors que cette initiative n’était pas d’actualité. Les régimes comme le nôtre, ne comprennent que le langage de la violence.

A vous entendre parler, ça donne froid au dos, sinon un scénario à l’ivoirienne se profile t’il à l’horizon au Cameroun ?

Pas totalement à l’identique! Les acteurs ne sont pas les mêmes, le Cameroun n’a pas les mêmes spécificités que la Côte d’ivoire, mais les Camerounais doivent avoir à l’esprit que la transition ne se fera pas sans effusion de sang.

Dites-nous quelques mots sur l’opération épervier, la lutte contre le détournement des deniers publics est-elle une lutte salutaire pour notre pays ?

Je vois depuis quelques temps que Biya arrête les gens à sa volonté, il en libère quelques uns quand bon lui semble, ça veut dire qu’il répond aux exigences des bailleurs de fonds. Il le fait surtout sur la base des règlements de compte, la justice est terriblement instrumentalisée dans cette opération qui frise le ridicule. On a vu Atangana Mebara dans un premier temps innocenté, puis le président s’est fâché et il est resté en prison. Très récemment, un autre ministre, Bapès Bapès puisse qu’il s’agit de lui, a passé quelques heures en prison, avant de se voir libéré, parce qu’il a des entrées au palais, c’est regrettable !

Vous avez tantôt allégué que l’opposition avait lamentablement échoué, que pensez-vous de la nouvelle opposition incarnée par le MRC, et son leader le professeur Maurice Kamto dans la perspective des élections de 2018 ?

Je n’en pense rien du tout ! Ça ne donnera rien, le tribalisme n’est pas valable en politique au Cameroun, c’est Um Nyobe qui l’a dit, je n’invente rien.

Un énième congrès unitaire de l’UPC est en préparation, dites-nous quelques mots là-dessus ?

J’ai rencontré le docteur Pierre Sendé il y a quelques jours pour les besoins de la cause, je serai bel et bien présent à ce congrès unitaire et inclusif qui se tiendra le 06 Juin prochain. J’invite tous les partisans et sympathisants de notre grand mouvement nationaliste à s’y rendre massivement.

 

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